Xi Jinping : la Chine s’oppose à la monopolisation de la gouvernance mondiale

Le Mot de Mustapha Menier… Parlent pas souvent les Chinois dommage!


Afficher l'image d'origineXinhua | 02.07.2016 09h40

L’ordre mondial ne doit pas être décidé par un ou quelques pays, mais par un large consensus international, a déclaré vendredi Xi Jinping, secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois (PCC).

« Il revient aux peuples de tous les pays de décider via des consultations quel ordre international et quel système de gouvernance mondiale peuvent bénéficier au monde et aux peuples de l’ensemble des nations », a noté M. Xi lors d’un rassemblement célébrant le 95e anniversaire de la fondation du PCC.

La Chine participera activement à la construction du système de gouvernance mondiale et s’efforcera de contribuer par sa sagesse à l’amélioration de la gouvernance mondiale, a promis M. Xi.

« La Chine oeuvrera avec les peuples de tous les pays du monde pour pousser l’ordre international et le système de gouvernance mondiale dans une direction plus juste et raisonnable », a-t-il ajouté.

La Chine conseille aux peuples de tous les pays de s’unir pour transformer la pression en pouvoir et les risques en opportunités et pour remplacer la confrontation par la coopération et les monopoles par des accords gagnant-gagnant, a-t-il indiqué.

La Chine suivra toujours la voie du développement pacifique et la politique d’ouverture avec des bénéfices mutuels et des accords gagnant-gagnant, a-t-il ajouté.

L’objectif de la politique étrangère de la Chine est de sauvegarder la paix mondiale et promouvoir le développement commun, a-t-il indiqué.

« La Chine est prête à élargir les intérêts communs avec les autres pays, à établir un nouveau type de relations internationales, avec la coopération et les bénéfices mutuels comme valeurs fondamentales », a-t-il souligné.

Le président a mis l’accent sur le développement chinois d’un modèle de coopération internationale plus global, tel que les initiatives « la Ceinture et la Route ».

« Nous n’agrandissons pas notre sphère d’influence, mais soutenons le développement mutuel de tous les pays. Nous ne sommes pas en train de construire une arrière-cour, mais un jardin public pour tous les pays », a-t-il déclaré.

Le Meilleur des mondes adapté en série !

Le roman d’Aldous Huxley « Le Meilleur des mondes » est développé en série pour Syfy par l’auteur de comics Grant Morrison et le réalisateur-scénariste Brian Taylor (Hyper tension).

Le Meilleur des mondes va débarquer sur le petit écran ! Selon Comingsoon, le roman d’anticipation à succès d’Aldous Huxley va être porté en série par Universal Cable et la chaîne Syfy. L’adaptation sera signée par Grant Morrison (les comics The Invisibles et certains Batman) et Brian Taylor (Hyper tension).


Intitulé Brave New World en version originale, le roman se déroule dans un monde où la grande majorité de la population est unifiée dans un Etat Mondial, à l’ère « Notre Ford ». Les humains sont créés en laboratoire et le sexe est devenu un loisir plus qu’un instrument de reproduction. L’histoire est plus précisément centrée sur Bernard Marx, un membre d’une caste supérieure (les Alphas) mais pourtant considéré comme un paria car physiquement différent des autres Alphas.

Publiée en 1932, cette œuvre de Huxley est considérée comme l’un des classiques de la science-fiction, au même titre que Dune de Frank Herbert ou encore 1984 de George Orwell


Un extrait de la couverture du vinyle « Le Meilleur des mondes », raconté par son auteur et mis en musique par Bernard Herrmann (Psychose, La mort aux trousses)

DiCaprio et Ridley Scott y pensaient…

En 2008, un projet de film Le Meilleur des mondes fut évoqué. Il devait réunir pour la seconde fois Leonardo DiCaprio et le réalisateur Ridley Scott, après Mensonges d’Etat. Il aurait également marqué le retour de Scott à la science-fiction 25 ans après Blade Runner.

Avec le lancement de la série, il est plus que probable que le film finisse aux oubliettes, même si en 2012, Scott y pensait encore. Deux adaptations existent cependant en téléfilms. Le premier sorti en 1980 avec Bud Cort, et le second en 1998 avec Peter Gallagher dans le rôle titre, et Leonard Nimoy.

Le temps est compté : interview avec un eco-saboteur (partie 1)

TOROGINAL
Traduction d'une interview initialement publiée (en anglais) à l'adresse suivante, le 8 mars 2015.

Note: Au long de cette interview, deux expressions sont utilisées pour désigner deux facettes de l’activisme: l’aboveground (le côté officiel et autorisé de l’activisme) et l’underground (le côté non-autorisé, sabotage, clandestin).

En 1993 Michael Carter a été arrêté et condamné pour activisme écologique clandestin (underground). Depuis, il travaille dans le domaine autorisé (aboveground), luttant contre les ventes de bois d’oeuvre et les concessions pétrolières et gazières, protégeant les espèces menacées, et bien d’autres choses encore. Aujourd’hui, il est membre de Deep Green Resistance Colorado Plateau et l’auteur du récit Kingfisher’s Song : Memories Against Civilization. (Le Chant du Martin-Pêcheur : Souvenirs Contre la Civilisation)

Time Is Short [en français: Le temps est compté] s’est entretenu avec lui au sujet de ses actions, de sa résistance clandestine ainsi que des perspectives et des problèmes auxquels le mouvement écologique est confronté. En raison de sa longueur, l’interview est présentée en trois parties.

Time Is Short (TIS) : Peux-tu décrire brièvement ce que tu faisais exactement ?

Michael Carter (MC) : Les actions les plus importantes consistaient à clouter les arbres – c’est-à-dire à planter des clous dans les arbres et à mettre en garde la compagnie forestière contre leur abattage – et à saboter les engins de travaux publics. Nous avons également démonté un grand nombre de panneaux, ce qui a particulièrement retenu l’attention des médias. Nous avons effectué une vingtaine d’actions de ce type, pendant environ deux ans, à la fin des années 80 et au début des années 90. Mon frère Sean a lui aussi été condamné. Le FBI a tenté de conclure à un plus vaste complot, mais ça n’a pas fonctionné.

TIS : Comment avez-vous abordé ces actions ? Quel en était le contexte ?

MC : Nous ne savions pas grand-chose des questions environnementales ni de la résistance politique, ce qui fait que nous n’appréhendions pas très bien le contexte. Nous éprouvions une hostilité instinctive envers les coupes rases et nous étions en possession du livre « Le Gang de la clef à molette » [d’Edward Abbey, NdT]. D’autres personnes pratiquaient le sabotage, notamment industriel, afin de protéger les espaces naturels. Nous avions donc de vagues idées concernant les tactiques mais nous n’avions pas de manuel ni de théorie. Nous savions ce qu’était Earth First ! (en français: la Terre d’abord!), bien que nous n’en fussions pas membres. Nous étions bien loin du complot. Nous avions peu de stratégie et nos actions étaient impulsives. S’il s’était agi de cambrioler des banques, nous nous serions fait descendre sur place.

Nous n’avions pas non plus saisi la gravité du problème. Nous pensions que la déforestation était préjudiciable à la terre, mais nous ne mesurions pas l’étendue de ses répercussions et nous ne faisions pas le lien avec d’autres atrocités. Nous nous bornions à nous représenter comme étant la branche radicale de la question marginale du secteur forestier. Tout ça c’était avant que le réchauffement climatique, l’acidification des océans et l’extinction de masse ne deviennent des sujets courants. Cela semblait beaucoup moins sérieux que maintenant et bien sûr ça l’était. Les disparitions des espèces et des habitats qui ont eu lieu depuis, ainsi que la pollution, sont terribles. Aucun des  sabotages dont j’ai eu connaissance n’a été suffisamment efficace pour arrêter tout ça. C’était des actes éparpillés, visant des cibles mineures et ne s’appuyant sur aucun mouvement politique aboveground (officiel/déclaré/autorisé).

RESISTANCE FR

TIS : Comment le public a-t-il réagi à vos actions ?

MC : Elles étaient perçues comme des actes de vandalisme, bêtement criminels, malgré leur caractère politique. C’était avant le 11 septembre, avant le bombardement d’Oklahoma City. La notion de terrorisme n’avait pas le même impact qu’aujourd’hui, ce qui explique que nos actions n’étaient pas prises avec autant de sérieux qu’elles le seraient aujourd’hui. Nous avons été inculpés par l’État du Montana pour actes de malveillance et mise en danger d’autrui. Les preuves détenues par l’État étaient si solides que nous pensions ne pas pouvoir gagner un procès. C’est pourquoi nous avons plaidé coupables en espérant que le juge ne nous enverrait pas en prison. Notre ligne de défense consistait à dire : « nous regrettons d’avoir agi ainsi, nous étions animés de sincérité mais c’était idiot de notre part ». Et c’était vrai. Nous avons pu faire passer le chef d’inculpation de mise en danger d’autrui à actes de malveillance. J’ai été condamné à 19 ans avec sursis et Sean à 9 ans avec sursis. Nous devions tous deux payer une grosse somme d’argent, quelque chose comme 40 000 dollars, mais je n’ai fait que trois mois de prison et Sean y a échappé. Nous avons eu de la chance.

TIS : Comme tu l’as indiqué, c’était avant la peur obsessionnelle du terrorisme. Selon toi, comment cela a-t-il influencé votre procès et votre condamnation et quelle serait la différence aujourd’hui ?

MC : Si cela s’était produit après un acte de terrorisme de grande envergure, ils nous auraient mis en prison, cela ne fait aucun doute. Les États doivent maintenir un niveau de peur permanente et donner la preuve de leur aptitude à protéger les citoyens.

Ce qui est ironique c’est que je ne suis pas certain d’avoir voulu être sérieux – on aurait dit que je cherchais à me protéger en n’étant pas si efficace que ça, en jouant sciemment les Don Quichotte, en faisant le malin. Démonter des panneaux  avait un côté particulièrement amusant qui s’est avéré utile lorsque j’ai été arrêté. Cela ressemblait moins à du terrorisme qu’aux bêtises que je faisais quand j’avais trop bu. De plus, beaucoup de gens approuvaient ce genre d’action parce qu’ils voyaient les panneaux d’un mauvais œil. Je tiens à préciser que le démontage de panneaux n’est pas quelque chose que je conseillerais à qui que ce soit, seulement cette toute petite approbation du public a joué de façon surprenante sur mon moral, et a peut-être eu une influence positive sur la détermination des peines. Mais bien sûr il s’agit avant tout d’être efficace et de ne pas se faire prendre. De nos jours, si quelqu’un se fait prendre alors qu’il est en train d’accomplir un acte de résistance, il aura beaucoup plus d’ennuis qu’il n’en aurait eu auparavant.

TIS : Comment vous êtes-vous fait prendre ?

MC : Nous avions laissé nos empreintes digitales et des traces de pneus, nous avions loué notre équipement sous nos véritables noms – par exemple une lampe à acétylène pour découper les poteaux en acier des panneaux – et nous avons raconté ça à des gens qui n’avaient pas besoin de le savoir. Nous avions présumé que nous ne courions aucun danger s’ils ne nous prenaient pas en flagrant délit et dans la mesure où nos empreintes n’étaient pas fichées. On ne pouvait commettre pire erreur. Les flics peuvent produire les empreintes digitales de n’importe qui et se servir de ces preuves pour un fait passé. On ne peut pas surestimer l’importance de la sécurité – et nous n’en avions aucune. Même en prenant quelques précautions rudimentaires, nous aurions pu nous éviter la rude épreuve de l’arrestation. Si nous avions pris la peine de lire le chapitre traitant de la sécurité dans le livre de Dave Foreman, Ecodefense, je crois qu’on ne nous aurait même pas soupçonnés. Toute personne qui passe à l’action, qu’elle soit aboveground (dans la résistance officielle) ou underground (clandestine), doit prendre le temps de se familiariser avec les règles de sécurité.

Il ne s’agit pas seulement de vous épargner l’angoisse de l’arrestation et de l’incarcération. Si vous observez rigoureusement les règles de sécurité, vous pourriez avoir de meilleures chances de modifier la manière dont se jouera l’avenir de la planète. Vous ne pouvez avoir aucun impact en étant enfermé dans une cellule. En ce qui nous concerne, nous aurions pu mettre un terme aux ventes de bois d’œuvre avec le cloutage des arbres, en dépit du fait que cette tactique était extrêmement impopulaire politiquement parlant. C’était considéré comme un acte de violence contre les innocents employés des scieries et non comme une mesure préventive de protection des forêts. Le dilemme n’a jamais dépassé ce stade, cependant. Nous avions peu de chances d’avoir des considérations tactiques réfléchies – encore moins de prendre des décisions réfléchies – parce que nous avions toujours un peu peur d’être pris. Il s’avère que c’était à juste titre.

saboter

TIS : Quel enseignement as-tu tiré de ton expérience ? En examinant rétrospectivement ce que tu as accompli en ce temps-là, quel regard portes-tu sur tes actions actuelles ?

MC : Eh bien, j’aurais à coup sûr fait le nécessaire pour éviter d’être pris, j’aurais choisi mes cibles avec davantage de circonspection, et j’aurais intégré le fait que bien que mon ennemi soit composé de personnes, il ne s’agit en réalité que d’un système, inhumain et implacable. On ne peut pas le raisonner ; il n’est pas doté de bon sens, ni de moralité, ni d’amour envers quoique ce soit. Sa fonction se réduit à la consommation. J’aurais essayé de me concentrer sur ce fil rouge, et non sur les personnes qui dirigent ce système ou qui en dépendent. J’aurais essayé de trouver les faiblesses de ce système et de les attaquer.

J’aurais fait en sorte que ni ma stratégie ni mes actions ne soient dictées par l’émotion. Il est possible que les émotions servent de facteur déclenchant – je ne crois pas qu’on puisse atteindre un tel seuil de désespoir sans qu’il y ait eu une forte charge émotionnelle auparavant – mais à partir du moment où j’aurais pris la décision d’agir, j’aurais fait tout ce qui était en mon pouvoir pour penser en soldat, pour trouver un groupe compétent à rejoindre et pour choisir des cibles coûteuses et difficiles à remplacer.

TIS : Je présume que tu ne t’es pas réveillé un jour en te disant que tu allais t’attaquer à des bulldozers et à des panneaux. Quel chemin as-tu parcouru pour parvenir à la détermination et à la passion de faire ce que tu fais après avoir été apolitique ?

MC : A l’époque où je galérais au lycée, mon frère m’avait prêté une pile de livres de Edward Abbey, qui avançaient l’idée selon laquelle la nature sauvage était le véritable monde et qu’elle était plus précieuse que tout le reste. D’autre part, il y avait aussi le fait que je vivais dans le nord-ouest du Montana, où la déforestation est partout où le regard se pose. Il est impossible de ne pas le remarquer, et il y a quelque chose dans ces collines pelées et ces pistes et chemins de débardage qui provoque une colère viscérale. C’est moins abstrait que le carbone présent dans l’atmosphère ou la pêche aux filets dérivants. On ne voit pas ces choses de la même manière qu’on voit des flancs de montagnes dénudés. Ma famille chauffait la maison au bois et il nous arrivait de le récupérer dans les  amas de rémanents des coupes à blanc. Je me suis souvent trouvé en présence de terres déboisées. Je me demandais pourquoi le Sierra Club ne faisait rien et comment cela pouvait être autorisé. Nous nous rendions occasionnellement au Canada et c’était encore pire là-bas. Personne ne peut ressentir le désespoir aussi intensément qu’un adolescent et le mien était immense. Je m’étais dit que si Greenpeace ne mettait pas un terme à tout ça eh bien, moi j’allais le faire.

Par contre, j’avais commencé à me construire une identité autour de ça et c’est désastreux pour quelqu’un qui a choisi la résistance underground (clandestine). Vous avez tout naturellement envie que les autres sachent et apprécient ce que vous ressentez et accomplissez, particulièrement lorsque vous êtes jeune. Mais le dilemme auquel les combattants de l’ombre sont confrontés est qu’ils doivent présenter une autre identité banale à la face du monde. Et c’est dur à faire.

TIS : Vous étiez plutôt isolés dans vos actions, et tu avais souligné l’importance d’un contexte plus large. Comment vois-tu le lien entre ces deux concepts ? Penses-tu que les saboteurs devraient agir à l’intérieur d’un mouvement plus large ?

MC : Je crois que pour sauver la planète, il faut totalement s’appuyer sur les actions coordonnées de cellules underground (clandestines) associées à un mouvement politique aboveground (officiel) qui ne soit pas directement impliqué dans les actions underground. Lorsque j’étais hors-la-loi, je n’avais aucun espoir de construire un réseau, essentiellement en raison d’un manque de maturité émotionnelle et politique. Et puis les compétences technologiques ou stratégiques me faisaient défaut ainsi que le moyen de communiquer avec d’autres. Les actions en elles-mêmes étaient surtout symboliques, et les actions symboliques constituent une prise de risque inutile. Elles constituent également un gaspillage du capital politique. La plupart des gens désapprouveront l’activisme underground qui ne modifiera l’opinion de personne quant à l’enjeu politique – d’ailleurs pratiquement rien ne le fera – donc il lui faudra miser sur le domaine matériel. Si les gens sont prêts et disposés à risquer leur vie et leur liberté alors il devraient  se battre pour gagner et non pour transmettre un quelconque message abstrait.

TIS : Après ton arrestation, quel soutien as-tu reçu – si tu en as reçu – de l’extérieur, et quel soutien aurais-tu souhaité recevoir ?

MC : Le soutien le plus important a été financier, mais il ne s’est pas monté à grand-chose. La négociation de notre peine ne garantissait pas que nous n’irions pas en prison. On craignait aussi que les autorités fédérales ne nous condamnent pour racket, une inculpation anti-Mafia dont les peines minimales sont lourdes. Si  le financement de notre défense juridique avait été plus conséquent, nous nous serions bien entendu sentis davantage en sécurité, mais vingt années de réflexion m’amènent à penser que nous ne le méritions pas au vu de la piètre organisation de nos actions et le peu d’effet qu’elles ont eu.

On peut avoir l’impression que je suis très dur avec moi-même et que c’est facile à dire après coup, mais le fait est qu’une bataille juridique est épuisante et coûteuse. Votre communauté se demandera si vos actions valent le prix qu’elle aura à payer si vous êtes pris. Mes actions ne le valaient pas.

Pour autant, j’éprouvais de la reconnaissance pour toute forme de soutien, quel qu’il soit. Avoir des nouvelles de l’extérieur quand vous êtes en prison fait plus de bien que vous ne pouvez l’imaginer. Nombre de lecteurs du Earth First ! Journal m’avaient envoyé des lettres anonymes. J’ai échangé plusieurs courriers avec une des femmes qui avaient été incarcérées pour avoir refusé de coopérer avec un grand jury fédéral qui enquêtait sur le Front de Libération Animale à Washington. Le simple fait de savoir que le monde entier n’est pas votre ennemi, que quelqu’un pense à vous et apprécie ce que vous avez fait, revêt une valeur inestimable.

TIS : Penses-tu toujours que l’action directe militante et illégale ainsi que le sabotage sont justifiés ? Si oui, pourquoi ?

MC : Oui, j’en suis convaincu. Dans un monde idéal, la violence n’est pas, à mon sens, la meilleure manière d’agir, mais nous ne sommes de toute évidence pas dans un monde idéal. Notre situation ne cesse de se détériorer – surpopulation, pollution, zones mortes océaniques, et j’en passe – et toutes les possibilités pour l’humanité de jouir d’un avenir décent et digne s’amenuisent de jour en jour, alors quel choix nous reste-t-il ? Les tentatives individuelles de mener une vie soutenable ne changeront rien tant que la société industrielle perdure. A l’heure actuelle, le démantèlement de l’infrastructure est la pièce manquante la plus importante. C’est là que le système est le plus vulnérable. Il faudrait donc procéder à ce démantèlement sans plus attendre. Cela peut s’avérer efficace, si c’est fait avec responsabilité, prudence et beaucoup de lucidité.

Une des raisons pour lesquelles les actions politiques underground sont si impopulaires s’explique par le fait qu’elles sont toujours présentées comme des attaques contre des individus plutôt que contre un système. Je crois qu’il est important de redéfinir le sabotage comme des attaques contre un système injuste et destructeur, et d’expliquer que la civilisation ce n’est pas nous, que ce n’est pas non plus l’expression par excellence de l’activité humaine. Ce n’est qu’un concept. La civilisation prétend être humaine mais ce n’est pas ce qu’elle est. La civilisation n’est qu’une sorte de plan culturel, un moyen de créer de grandes implantations humaines insoutenables reposant entièrement sur l’agriculture, qui est insoutenable par essence.

L’argument selon lequel les actions militantes sont contre-productives offre peu d’intérêt dans la mesure où elles ne sont pas d’une ampleur suffisante pour avoir le moindre impact. Par exemple lorsque le Front de Libération de la Terre met le feu à des 4X4. Tout ce qu’on obtient ce sont les retombées politiques, les activistes du courant dominant qui se démarquent de vous avec tous les inconvénients que cela peut entraîner. Mais on n’en tire aucun bénéfice mesurable, comme la réduction des émissions de carbone par exemple. Pour qu’il ait davantage d’impact, le sabotage doit être entrepris à une plus grande échelle et viser des cibles plus onéreuses. Les combattants doivent penser grand. C’est de cette manière que les militaires atteignent leurs objectifs – en agissant contre des systèmes. Ils font sauter des ponts, ils prennent des bâtiments, ils désactivent l’arsenal de l’ennemi, ils tuent l’ennemi – c’est comme ça qu’ils fonctionnent. Je conviens que les activistes ne souhaitent pas s’identifier au militarisme, mais il est utopique de ne pas envisager ce qui va vraiment permettre de parvenir à nos fins, et les militaires savent faire ça. Aucun code moral n’a d’importance si la biosphère s’effondre. La doctrine de la non-violence n’aura aucun sens dans un monde avec 20 degrés de plus que maintenant.

J’aimerais bien qu’un mouvement efficace puisse être non-violent, mais nous n’avons pas suffisamment de cohésion sociale pour orchestrer une chose pareille. Nous sommes si peu nombreux à ne pas nous en foutre, et nous sommes éparpillés, isolés et marginaux. Nous n’avons pas le nombre, l’influence ou le pouvoir nécessaires et ce n’est pas prêt de changer. Nous perdons sur tous les plans, parce que nous ne disposons pas d’un mouvement qui puisse dire : « Non. Vous n’allez pas faire ça. Nous y mettrons fin quoiqu’il en coûte », et qui puisse concrétiser ces affirmations. Les activistes aboveground doivent prôner le moindre mal et soulever en permanence la question de ce qu’il y a de pire : la destruction de quelques biens matériels ou la dissolution des coquillages dans les océans acides ? Les activistes underground doivent passer à l’acte. Il ne s’agit pas là d’une question rhétorique.

Nous devons également nous souvenir qu’un petit nombre d’individus peut être à l’origine de changements profonds quand leurs actions sont mises en œuvre intelligemment. Peu de personnes ont participé aux mouvements de résistance de la Seconde Guerre mondiale, mais ils ont joué un rôle déterminant dans la défaite finale de l’Axe.

Fin de la première partie de l’interview.


Traduction: Héléna Delaunay

Le temps est compté: interview avec un éco-saboteur (partie 2)

Ce que la décroissance n'ose soutenir...Ce que la décroissance n’ose soutenir…
Traduction d'une interview initialement publiée (en anglais) à l'adresse suivante, le 25 avril 2015.

Note: Au long de cette interview, deux expressions sont utilisées pour désigner deux facettes de l’activisme: l’aboveground (le côté officiel et autorisé de l’activisme) et l’underground (le côté non-autorisé, sabotage, clandestin).

En 1993 Michael Carter a été arrêté et condamné pour activisme écologique clandestin (underground). Depuis, il travaille dans le domaine autorisé (aboveground), luttant contre les ventes de bois d’oeuvre et les concessions pétrolières et gazières, protégeant les espèces menacées, et bien d’autres choses encore. Aujourd’hui, il est membre de Deep Green Resistance Colorado Plateau et l’auteur du récit Kingfisher’s Song : Memories Against Civilization. (Le Chant du Martin-Pêcheur : Souvenirs Contre la Civilisation)

Time Is Short [en français: Le temps est compté] s’est entretenu avec lui au sujet de ses actions, de sa résistance clandestine ainsi que des perspectives et des problèmes auxquels le mouvement écologique est confronté. En raison de sa longueur, l’interview est présentée en trois parties. Ici commence la partie 2 (pour la partie 1, c’est par ici) :

Time is Short (TIS) : Vos actions n’étaient pas liées à d’autres enjeux et ne s’inscrivaient pas dans une perspective plus large. A ton avis dans quelle mesure une analyse bien cadrée est-elle importante en matière de sabotage ou d’autres actions du même type ?

Michael Carter (MC) : Elle est d’une importance primordiale. La détermination des enjeux est un moyen parmi d’autres de venir à bout des divergences, comme c’est le cas pour le droit à l’avortement qui est assimilé soit à un meurtre soit à une solution de confort. Le problème de la faim dans le monde est, quant à lui, considéré comme une difficulté technique, à savoir comment procurer de la nourriture aux populations pauvres, et non comme la conséquence inévitable de l’agriculture et du capitalisme. Les consommateurs de médias aiment bien ce genre d’emballages bien ficelés.

Au début des années 90, les espaces naturels et la préservation de la biodiversité étaient définis comme des questions d’ordre esthétique ou comme un conflit d’intérêts particuliers au sein d’un groupe d’usagers ; entre des pêcheurs et des bûcherons, par exemple, ou entre des randonneurs et des utilisateurs de véhicules tout terrain. C’est comme ça qu’on justifiait les décisions politiques et les compromis, particulièrement sur le plan législatif. Ma plus grande campagne aboveground (officielle) de cette époque était contre un projet de loi relatif aux espaces naturels du Montana, à cause de la formulation de la « clause » qui autorisait le développement industriel de terres fédérales dépourvues de routes. Pourtant, la majeure partie du débat public a tourné autour  d’une comparaison simplifiée à outrance entre superficie protégée et superficie non protégée. La discussion est apparue raisonnable – modérée- parce que la question était banalisée dès le départ.

Ce genre de situation persiste encore à ce jour, où des compromis entre secteur industriel, gouvernement et écologistes corporatifs reposent sur un contexte politique plutôt que sur une réalité biologique ou physique – une zone que des industriels ou des amateurs d’engins motorisés accepteraient de protéger pourrait ne pas être viable pour une espèce menacée, même si la superficie délimitée paraît très raisonnable. Les activistes se sentent obligés d’argumenter dans un contexte centré sur l’être humain – considérant que le monde naturel nous appartient, que ce soit pour le divertissement ou pour l’industrie – ce qui nous met en position de faiblesse, autant sur le plan psychologique que sur le plan politique, particulièrement pour les combattants de l’ombre.

Lorsque j’étais l’un d’entre eux, je n’avais jamais l’impression d’œuvrer à partir d’une position sans équivoque. Est-ce que je prenais le risque de passer 10 ans en prison pour une piste de randonnée ? Non. Pourquoi prenais-je alors ce risque ? Je choisis de ne pas pousser trop avant la réflexion, seulement de continuer à livrer bataille. Ce fut ma deuxième pire erreur après les mesures de sécurité insuffisantes. Sans intentions claires et une solide appréhension de la situation, les actions peuvent manquer de coordination et devenir potentiellement dénuées de sens. Aucun mouvement aboveground (officiel) consciencieux ne les soutiendra. On peut s’empêtrer dans sa propre incertitude.

Si je devais envisager maintenant l’action underground (clandestine) – ce qui n’est pas le cas bien sûr, car on doit choisir soit le domaine autorisé soit la clandestinité et s’y tenir, encore une erreur que j’ai commise – je la considérerais comme une partie de la lutte contre une structure de pouvoir plus vaste, contre la civilisation dans sa globalité. Et il est important de bien comprendre qu’il ne faut pas confondre civilisation et humanité.

TIS : Tu as dit que la civilisation était un projet qui reposait sur l’agriculture. Peux-tu développer ?

MC : Rien de ce que fait la culture dominante, qu’il s’agisse de l’exploitation forestière et de la pêche industrielle, de la production d’électricité ou de l’extraction d’énergies fossiles, n’est aussi destructeur que l’agriculture. Rien de tout cela n’est possible sans agriculture. Les couches arables ne subsisteront pas plus d’une quarantaine d’années, tandis que l’agriculture est en train de les épuiser comme si elles devaient durer éternellement. Ces sols sont comme le sable dans le sablier de la civilisation, ainsi que les énergies fossiles et les minerais ; ils n’existent qu’en quantité limitée. En ce qui concerne les limites physiques, la civilisation brille par son incohérence et n’a même pas conscience de ses propres intérêts fondamentaux ; Elle tente seulement de garder secret le fait qu’elle va tout ravager, mais c’est un secret qui crève les yeux. Dans un monde aux ressources limitées, elle ne peut en aucune façon fonctionner encore bien longtemps et en ce moment, elle ne fait que grignoter les dernières frontières. Si la civilisation existe toujours dans 20 ans, le nombre de zones sauvages désignées importera peu ; la civilisation les aura ravagées avant.

TIS : En quoi cette analyse peut-elle être utile ? Le fait que la civilisation ne puisse jamais être soutenable n’ôte-t-il pas tout espoir de réussite ?

MC : Si nous voulons sérieusement protéger le vivant et promouvoir la justice, nous devons reconnaître que l’humanité civilisée ne prendra jamais les mesures nécessaires à l’avènement d’un style de vie soutenable, car son histoire n’est faite que de guerres et d’occupations. Voilà à quoi s’emploie la civilisation : livrer des guerres et occuper des territoires. On a l’impression que c’est intrinsèque au progrès, que c’est le propre de l’humanité mais ce n’est pas le cas. La civilisation donnera toujours la priorité au pouvoir et à la domination et ne permettra jamais que cette priorité soit remise en cause.

Par exemple, en matière de production alimentaire on pourrait assez facilement passer des céréales annuelles aux graminées vivaces, pour la production du lait, des œufs et de la viande. La ferme Polyface en Virginie a prouvé que c’est tout à fait réalisable ; sur une grande échelle cela apporterait un énorme bienfait, en permettant notamment la séquestration du carbone, la diminution des cas de diabète et d’obésité et de l’utilisation des pesticides et des fertilisants. Mais l’herbe ne peut pas être convertie en marchandise ; elle ne peut être ni stockée ni commercialisée et ne pourra donc jamais servir les besoins du capitalisme. Donc, ce débat n’aura jamais lieu sur CNN, parce qu’il est trop éloigné de la façon dont le problème est défini. Pratiquement personne ne discute de ce qui ne va pas vraiment. On ne se préoccupe que de savoir quel Etat capitaliste ou Etat-nation sera le premier à s’emparer des dernières ressources disponibles et comment la technologie pourrait gérer les crises qui en résulteront.

TOROGINAL

Un autre exemple est celui du projet de mine de cuivre à Oak Flat, près de Superior, dans l’Arizona. L’administration Eisenhower avait interdit l’exploitation minière sur le territoire en 1955, et en décembre 2014 le Sénat a annulé cette interdiction à l’aide d’une clause intitulée Loi d’Autorisation pour la Défense militaire, et Obama l’a signée. Le sénateur de l’Arizona John McCain a déclaré : « Pour maintenir la puissance de l’armée qui possède la technologie la plus avancée au monde, les forces armées des Etats-Unis ont besoin d’approvisionnements en cuivre pour leur équipement, les munitions et l’électronique ». Tu vois comment il justifie l’exploitation du cuivre à des fins militaires ? Il a mis un terme au débat avec une justification inattaquable, puisque aucun membre du gouvernement – et pratiquement personne parmi le grand public – ne remettra en question les besoins militaires.

TIS : Es-tu en train de sous-entendre qu’il n’y a pas la moindre possibilité de changement ?

MC : Ce que je veux dire c’est qu’il va falloir se battre. Les mutations sociales importantes sont généralement involontaires, et contraires aux idées populaires prônant « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » et « le principe de majorité ». La plupart des Blancs du Sud ne voulaient pas que le Mouvement des droits civiques existe et encore moins qu’il réussisse. De toute façon, aux États-Unis, la démocratie est essentiellement une fiction théorique dans la mesure où c’est une toute petite élite politique et financière qui tire les ficelles.

Par exemple, dans l’État plus ou moins progressiste de l’Orégon, le lobby de l’agriculture a réussi à rejeter une mesure destinée à étiqueter des denrées alimentaires contenant des OGM. La majorité des participants au vote était d’accord pour ne pas savoir ce qu’il y avait dans leur nourriture, leur besoin le plus intime parce que ceux qui sont au pouvoir possèdent suffisamment d’argent pour les en convaincre. Cela ne sert pas à grand-chose de tenter de faire entendre raison à ceux qui tiennent les rênes de la civilisation, ou alors à ceux qu’elle a piégés, politiquement, financièrement ou peu importe comment. Tant que la classe dirigeante pourra extraire des richesses de la terre et de notre travail, elle le fera. Si elle possède les machines et l’énergie nécessaires au fonctionnement de son économie, elle se servira en dernier ressort de toutes les ruses politiques pour parvenir à ses fins. Elle ravagera des vies et la terre jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à ravager. Lorsque le sol disparaîtra, c’en sera totalement fini de l’espèce humaine.

Quel est l’intérêt de composer avec un système politique qui n’a de toute évidence pas toute sa raison ? Une manière plus sensée de prendre en main la situation préoccupante de la planète serait d’asseoir les décisions tactiques sur une stratégie qui viserait à confisquer le pouvoir à ceux qui sont en train de la détruire. C’est le principe de base, c’est ce que nous devons entendre lorsque nous parlons de lutte radicale, à savoir une lutte qui s’attaque aux racines du mal.

Imagine un monde où il n’y aurait plus de nourriture, des températures en hausse, des épidémies, la sécheresse, la guerre. Il est en train de se dérouler sous nos yeux. C’est contre tout ça que nous nous battons. Ou plutôt nous nous battons pour un monde qui puisse vivre, un monde de forêts, de prairies et de rivières s’écoulant librement qui enrichiraient et stabiliseraient le sol et maintiendraient la diversité biologique et l’abondance. C’est l’amour que nous éprouvons pour le monde qui doit nous guider.

TIS : Tu suggères une lutte qui modifierait entièrement le comportement des humains, la fin de l’économie capitaliste, l’effondrement final de la société bâtie sur le modèle de l’Etat-nation. Tout cela paraît incroyablement difficile. Comment les résistants s’y prendraient-ils ?

MC : Nous pouvons commencer par construire un mouvement qui fonctionnerait comme une culture de substitution à la culture dans laquelle nous sommes englués. Puisque la culture civilisée ne donnera pas son aval à ceux qui tenteront de la démanteler, nous avons besoin d’autres systèmes de soutien matériel, psychologique et émotionnel.

Ce serait particulièrement important pour un mouvement clandestin. Dans l’idéal, il devrait appartenir à une communauté qui connaîtrait ses secrets et qui collaborerait avec lui, tout comme le font les militaires. Construire ce réseau en secret sera difficile, car si ses membres observent une sécurité rigoureuse, comment feront-ils ne serait-ce que pour trouver des personnes qui les approuvent ? Mais comme une ou deux personnes isolées ne peuvent pas faire grand-chose, il leur faudra trouver le moyen de le faire. Il s’agit là cependant d’un problème de logistique et il est important de le séparer des problèmes d’ordre personnel.

Lorsque j’accomplissais des actions illégales, je voulais que les gens me considèrent comme un défenseur de l’environnement pur et dur, ce qui était, étant données les circonstances, follement stupide et narcissique. Si on a des problèmes de ce genre – et beaucoup de gens en ont dans la culture étrange et néfaste qui est la nôtre – il faut recourir à la thérapie et à l’introspection pour les résoudre, et non à l’activisme. La solution la plus élégante serait que votre communauté secrète vous soutienne et vous reconnaisse, vous aide à trouver la force et la solidarité dont vous avez besoin pour effectuer des tâches rudes et nécessaires, mais d’autres alternatives sont quand même possibles.

TIS : Tu as été impliqué dans des opérations environnementales officielles dans les années qui ont suivi tes actions clandestines. Sur quoi as-tu travaillé et que fais-tu en ce moment ?

MC : Je me suis d’abord occupé de questions touchant à l’exploitation forestière – comme rédiger des recours contre la vente de bois et des choses du même acabit. Plus tard, j’ai aidé à la rédaction de pétitions pour protéger des espèces sous l’égide du Endangered Species Act (Loi sur la protection des espèces en danger). Par contre, cette tâche m’a épuisé et il m’a fallu beaucoup de temps avant de m’y replonger. Ceux qui travaillent dans le domaine autorisé ont eux aussi besoin du soutien d’une communauté – plus que jamais. Le livre de Derrick Jensen, Un Langage plus Ancien que les Mots (A Language Older Than Words) a clarifié la situation globale dans mon esprit et a répondu à nombre des questions que je me posais sur ce qui rendait les choses si difficiles à l’heure actuelle. Il m’a appris à prendre conscience de ce qu’à mesure que l’échéance de la culture civilisée se rapproche, les gens deviennent plus égocentriques, plus apathiques et plus cruels que jamais. Ceux qui sont encore capables de ressentir les choses doivent se serrer les coudes autant qu’ils le peuvent. Lorsque le mouvement Deep Green Resistance a vu le jour, il m’est apparu comme la solution parfaite et je me consacre depuis à contribuer à sa construction. Susan Hyatt et moi-même sommes en train de rédiger une série d’essais  sur la psychologie de la civilisation et sur la manière de cultiver la santé mentale nécessaire à la résistance. Je m’intéresse aussi à la propagande clandestine positive. Il est important d’avoir des histoires à raconter pour épauler ce que les gens font et pensent. Cela aide à cultiver la confiance et le courage dont les activistes ont besoin. C’est pour ça que les gouvernements publient de la propagande en temps de guerre ; parce que ça marche.

TIS : Donc tu penses que la propagande peut s’avérer utile ?

MC : Oui. Ce mot est doté d’une connotation négative pour de bonnes raisons, mais je ne pense pas qu’il soit nécessairement mauvais de vouloir influencer médiatiquement les pensées et les actes, tant que la démarche est honnête. L’Allemagne nazie a utilisé la propagande certes mais George Orwell et John Steinbeck l’ont fait aussi. Si on renverse la civilisation – c’est-à-dire si  les systèmes responsables de l’injustice sociale et de la destruction planétaire sont définitivement neutralisés – les gens qui choisiront d’agir contre pratiquement tout ce qu’on leur a inculqué devront fournir un effort soutenu pendant de longues années et ne pas hésiter à risquer leur liberté et leur vie pour susciter ce changement. Il nous faudra des cultures de résistances totalement inédites. Elles nécessiteront un grand nombre de fictions nouvelles pour nourrir la perception de la véritable identité des humains, du but de leur existence et de la manière dont ils sont reliés à d’autres espèces vivantes. A ma connaissance il y a peu d’écrits, de films ou d’autres formes d’expression qui entreprennent d’agir dans ce sens.

Edward Abbey a écrit quelques livres marrants et c’est tout ce qu’on avait entre les mains; alors on s’en est inspirés en espérant qu’on allait se marrer un peu et qu’on finirait par obtenir de bons résultats. On ne peut plus se payer le luxe de cette auto-complaisance. Je ne dis pas que l’humour n’a pas lieu d’être – bien au contraire – mais la situation de la planète et la situation sociale de la civilisation sont aujourdhui beaucoup plus dramatiques qu’elles ne l’étaient à l’époque de Abbey. Une propagande efficace devrait refléter cela – il faudrait qu’elle fasse un état des lieux de la conjoncture et qu’elle fournisse une solution, de façon à ce que les résistants potentiels puissent choisir le rôle qu’ils vont jouer.

Pas la couverture du prochain livre de Serge Latouche.

C’est important pour tout le monde, mais particulièrement important pour la clandestinité. Au moment de la Seconde Guerre Mondiale, les Alliés ont diffusé le roman de propagande de Steinbeck The Moon is Down (Lune Noire) à travers toute l’Europe occupée. C’était un livre court et simple qui racontait le combat d’une petite ville de Norvège contre les nazis. Le ton employé était si léger que  certains membres du gouvernement US ont accusé Steinbeck de sympathiser avec l’ennemi parce qu’il y dépeignait de façon réaliste les soldats allemands comme de simples personnes aux prises avec une situation épouvantable et non comme des monstres surhumains. Et pourtant les forces d’occupation abattaient sur place toute personne en possession de ce livre. Si on compare avec les livres de Abbey, on constate à quel point The Monkey Wrench Gang (Le Gang de la clef à molette) est largement en-deçà de la tâche requise.

TIS : As-tu des titres de propagande contemporaine à suggérer ?

MC : Les deux volumes du livre Endgame de Derrick Jensen sont les meilleurs qui me viennent à l’esprit ainsi que le livre Deep Green Resistance du même auteur. Il existe aussi des exemples de propagande négative qui valent le coup d’être mentionnés. Le livre A Friend of the Earth (Un ami de la Terre) de T.C Boyle. Les films « The East » et « Night Moves » parlent tous deux des activistes clandestins et ce sont des films horribles, du moins en tant que propagande pour une résistance efficace. Dans « The East » , une agence de renseignements privée infiltre une cellule dont les seuls objectifs sont les opérations théâtrales et la vengeance et « Night Moves » est encore pire ; il met en scène deux hommes crâneurs et une femme désemparée qui font sauter un barrage hydroélectrique. Le message est : « Ne vous attaquez pas à ce genre de trucs ou vous finirez par vous faire flinguer ». Mais ces films soulèvent quand même certains problèmes qu’on rencontre dans les groupes ayant d’orientation anarchiste : ils ont tendance à dénigrer les femmes et ils opèrent sans stratégie cohérente. Ils s’engagent pour l’identité, l’adrénaline, les perspectives de contact – qui sont toutes de mauvaises raisons de s’engager. Donc je suppose que ces films méritent qu’on s’y intéresse pour comprendre comment il ne faut pas se comporter. Il en va de même pour le documentaire « If a tree falls » qui raconte l’histoire du Front de Libération de la Terre.

Les mouvements prônant le changement social peuvent souffrir de problèmes d’immaturité et de nombrilisme autant que les individus. L’écologie radicale, comme tant de causes gauchistes, en est truffée. La plupart des militants de Eart First! que j’ai connus dans les années 90 étaient si fiers de leurs prouesses festives qu’on ne pouvait pas passer du temps avec eux sans les voir se défoncer et épiloguer sans fin sur leurs exploits tout au long de la journée du lendemain. Une des raisons pour lesquelles je me suis éloigné de ce mouvement était leur trop-plein d’arrogance et de subjectivité. Ils semblaient passer le plus clair de leur temps à reprocher à leurs camarades leur mode de vie corrompu parce qu’ils utilisaient du papier toilette ou conduisaient des vieilles camionnettes au lieu de se déplacer à vélo.

Cela peut mener à des affrontements culpabilisants ridicules. Il n’est pas étonnant que les écologistes aient si mauvaise réputation auprès du milieu ouvrier, quand ils se laissent aller à des pinaillages moralisateurs qui ne sont en réalité qu’un reflet de leurs avantages circonstanciels et de leur dispersion dans la défense efficace de la terre. Dites à une mère qui bosse de mettre son lave-vaisselle au rebut parce que vous avez entendu dire que c’était inefficace, et vous verrez où ça vous mènera. C’est l’une des pires choses qu’on puisse dire à quelqu’un, surtout parce que ça renforce le poids du sentiment de responsabilité collective en matière de destruction de l’environnement. C’est ce sentiment que nos dirigeants veulent que nous ayons. Des promoteurs construisent des terrains de golf dans le désert et nous croyons changer les choses en nous brossant les dents à sec. Qu’est-ce que ça peut bien te faire de savoir qui est plus écolo que tu ne l’es ? On est en train d’éviscérer le monde sous nos yeux.

Fin de la partie 2


Traduction: Héléna Delaunay

Vladimir Poutine: George Soros est recherché « Mort » ou « Vif » (vidéo)

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La Russie a officiellement déclaré que le milliardaire George Soros est recherché dans le pays, en le citant lui et ses organisations comme étant une « menace envers la sécurité nationale de la Russie. »

Poutine a interdit Soros de poser un pied sur le sol russe l’année dernière à cause du fait que Soros a contribué à la destruction de l’économie russe dans les années 1990.

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F. William Engdahl: « George Soros, le spéculateur financier qui s’est auto-proclamé philanthrope, ainsi que ses organisations exemptées de taxes, font partie intégrante de cette machine de guerre préventive ».

Jim W. Dean a dit que George Soros est évidemment « l’homme qui refuse de mourir et de rejoindre ses victimes. » Vladimir Poutine serait presque certainement d’accord avec cette affirmation.

Phil Butler le dit si bien: « George Soros a un doigt dans chaque tarte politique qui existe. S’il y a une crise sur notre monde, il y a fort à parier qu’elle a reçu un coup de main de sa part. »

Soros est persuadé qu’il peut changer la politique et l’économie de la planète en un clin d’oeil et que personne ne peut l’arrêter. En fait, il a écrit des livres tels que The Alchemy of Finance. Soros pense qu’il peut détruire la stabilité politique dans toute l’Europe et même en Amérique, sans être défié.

Son organisation a récemment été prise en flagrant délit de conduire des opérations secrètes visant à déstabiliser la Russie.

Source: Veterans Today, le 17 août 2016

Quand Hollande avoue qu’il enfume les journalistes: « une information bidon, ça fonctionne »

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Le tweet suivant de Frédéric Gerschel, journaliste au Parisien, publié le 18 août, divulgue un passage du livre de Karim Rissouli et Antonin André qui vient de paraître sous le titre Conversations privées avec le président. Lors de ces entretiens, Hollande aurait confié qu’ »un journaliste, même un bon journaliste, un journaliste sérieux, on peut toujours le guider, l’orienter. C’est le jeu (…) Il suffit donc de lui donner le bon angle, la bonne approche et la bonne information, parfois même une information bidon, ça fonctionne. »

tweet-hollande

Source: Fawkes News

Pokémon Go

Ce ne sont pas les philosophes mais bien ceux qui s'adonnent au bois découpé et aux collections de timbres, qui constituent l'armature de la société.  - Aldous Huxley

Alors que le jeu Pokémon Go connaît toujours un succès phénoménal, le journal The Intercept publie un article des plus inquiétant à son sujet. En cause, la politique d’exploitation des données des utilisateurs. Selon le journal, Pokémon Go serait à l’aube d’un scandale mondial d’espionnage.
Vous l’aurez constaté, Pokémon Go suscite toujours autant d’engouement auprès des utilisateurs. Le jeu continue de battre tous les records tant en terme de téléchargements que de revenus.  Néanmoins, quelques voix commencent à se faire entendre pour tempérer un peu tout ça.

Ainsi, il y a quelques jours, un député a proposé de faire voter une « loi Pokémon Go » qui encadrerait le jeu qui mêle réalité et virtuel. En effet, face à des comportements dangereux, ce député propose de légiférer. Le hic, c’est que les lois actuelles suffisent à encadrer les comportements déviants. Il revient ensuite à chaque joueur de respecter ces lois lorsqu’il joue.
Autre évènement du genre cette semaine, le maire de la commune de Bressolles qui a demandé l’interdiction pure et simple du jeu sur son territoire. On frôle le ridicule car dans le fond il y a bien plus inquiétant.

Pokémon Go n’aurait été créé que pour récolter vos données

C’est en tout cas ce que révèle le journal The Intercept dans un bon papier publié cette semaine. Les journalistes se sont intéressés aux coulisses du jeu de Niantic et plus particulièrement sur le passé particulièrement trouble de son créateur : John Hanke.
John Hanke, avant de créer Niantic, était président de la branche Géo de Google. En 2010, alors que les Google Cars se baladaient dans les rues d’Allemagne pour cartographier les chemins pour Google Maps notamment, le pays s’est inquiété des données récoltées par les voitures.
Après avoir mené l’enquête, l’Allemagne s’est alors rendue compte que les Google Cars ne se contentaient pas de cartographier les rues mais elles récupéraient en même temps les données WiFi des maisons alentours.
Evidemment, John Hanke, qui était aux commandes, se retrouvait face à un scandale d’espionnage de la vie privée de grande ampleur. Google avait alors étouffé l’affaire en expliquant que la récolte massive de ces données n’était de la responsabilité que d’un seul homme : Marius Milner.
La FCC avait par la suite publié un rapport dans lequel Google était bien impliqué dans cette vaste supercherie. Mais là n’est pas la question. Revenons-en à notre cher Marius Milner.
Mais si, Marius Milner, ça ne vous dit rien ? Et oui, il s’agit bien du créateur de… Pokémon Go. C’est quand même presque bien fait le hasard non ?