Se distraire à en mourir (BD : Aldous Huxley & George Orwell par Neil Postman)

Bien entendu que Huxley avait vu plus juste que Orwell… Ahhh je me répète je sait.

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Le Meilleur des mondes adapté en série !

Le roman d’Aldous Huxley « Le Meilleur des mondes » est développé en série pour Syfy par l’auteur de comics Grant Morrison et le réalisateur-scénariste Brian Taylor (Hyper tension).

Le Meilleur des mondes va débarquer sur le petit écran ! Selon Comingsoon, le roman d’anticipation à succès d’Aldous Huxley va être porté en série par Universal Cable et la chaîne Syfy. L’adaptation sera signée par Grant Morrison (les comics The Invisibles et certains Batman) et Brian Taylor (Hyper tension).


Intitulé Brave New World en version originale, le roman se déroule dans un monde où la grande majorité de la population est unifiée dans un Etat Mondial, à l’ère « Notre Ford ». Les humains sont créés en laboratoire et le sexe est devenu un loisir plus qu’un instrument de reproduction. L’histoire est plus précisément centrée sur Bernard Marx, un membre d’une caste supérieure (les Alphas) mais pourtant considéré comme un paria car physiquement différent des autres Alphas.

Publiée en 1932, cette œuvre de Huxley est considérée comme l’un des classiques de la science-fiction, au même titre que Dune de Frank Herbert ou encore 1984 de George Orwell

Un extrait de la couverture du vinyle « Le Meilleur des mondes », raconté par son auteur et mis en musique par Bernard Herrmann (Psychose, La mort aux trousses)

DiCaprio et Ridley Scott y pensaient…

En 2008, un projet de film Le Meilleur des mondes fut évoqué. Il devait réunir pour la seconde fois Leonardo DiCaprio et le réalisateur Ridley Scott, après Mensonges d’Etat. Il aurait également marqué le retour de Scott à la science-fiction 25 ans après Blade Runner.

Avec le lancement de la série, il est plus que probable que le film finisse aux oubliettes, même si en 2012, Scott y pensait encore. Deux adaptations existent cependant en téléfilms. Le premier sorti en 1980 avec Bud Cort, et le second en 1998 avec Peter Gallagher dans le rôle titre, et Leonard Nimoy.

Retour au Meilleur des Mondes -Être instruit pour être libre

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Pour instruire en vue de rendre libre, il faut commencer par énoncer des faits et des jugements de valeur, puis mettre au point les méthodes appropriées qui permettront de réaliser les valeurs et de combattre ceux qui, pour quelque raison que ce soit, veulent ignorer les faits ou nier les valeurs.

Dans un des précédents chapitres, j’ai parlé de la morale sociale qui justifie les maux résultant des excès d’organisation et de population, allant jusqu’à les faire passer pour un bien.

Un tel système de valeurs est-il compatible avec ce que nous savons du corps et du tempérament humain?

Il part du postulat que seule l’éducation joue un rôle important dans la détermination du comportement des hommes et que la nature – c’est-à-dire l’équipement psychophysique avec lequel naît chaque individu – est un facteur négligeable.

Mais est-ce vrai? Est-ce vrai que les humains ne sont que les produits de leur milieu social?

Et si ce n’est pas vrai, quelle justification peut-on trouver à une doctrine qui affirme que l’individu est moins important que le groupe dont il fait partie?

Toutes les données disponibles invitent à conclure que dans la vie des individus et des sociétés, l’hérédité n’a pas moins d’importance que la culture.

Chaque être est biologiquement unique et différent de tous les autres. Par conséquent la liberté est un grand bien, la tolérance une grande vertu et l’embrigadement un grand malheur.

Pour des raisons pratiques et théoriques, les dictateurs, les organisateurs et certains savants sont fort désireux de réduire l’exaspérante diversité de la nature humaine à un genre d’uniformité plus maniable.

Dans le premier élan de sa ferveur behavioriste, J.B. Watson déclarait sans ambages qu’il ne pouvait trouver « aucune indication en faveur de l’existence des comportements héréditaires, ni des aptitudes particulières (artistiques, musicales, etc.) qui sont supposés tenir de famille ».

Aujourd’hui encore, nous voyons un psychologue distingué, le professeur B.F. Skinner, de Harvard, assurer que « plus l’explication scientifique s’étend et s’approfondit, plus la contribution dont peut se targuer l’individu lui-même semble tendre vers zéro.

La puissance créatrice si vantée de l’homme, ses réussites dans les arts, les sciences et la morale, sa capacité de choix et le droit de le tenir pour responsable des conséquences de ce choix – rien de tout cela n’est bien apparent dans le nouvel autoportrait scientifique ».

En un mot, les pièces de Shakespeare ne sont l’oeuvre ni de Shakespeare, ni même de Bacon ou du comte d’Oxford, elles ont été écrites par l’Angleterre élisabéthaine.

Il y a plus de soixante ans, William James écrivait un essai sur Les grands hommes et leur milieu, dans lequel il entreprenait de défendre l’individu exceptionnel contre les assauts de Herbert Spencer.

Celui-ci avait proclamé que « la Science » (cette personnification merveilleusement commode des opinions, à une date donnée, du professeur X, Y ou Z) avait complètement aboli le Grand Homme.

Selon lui, ce dernier « doit être classé, avec tous les autres phénomènes dans la société qui lui a donné naissance, comme un produit de ses antécédents ».

Il peut être (ou sembler être) « l’initiateur immédiat des changements… Mais si on veut leur trouver une explication un tant soit peu réelle, il faut la chercher dans cet agrégat de circonstances et de conditions dont ils ont surgi, lui et eux ».

C’est là une de ces remarques profondes parfaitement vides auxquelles on ne peut attribuer aucun sens pratique.

Ce que notre philosophe veut dire, c’est qu’il nous faut tout savoir avant de comprendre quoi que ce soit à fond.

Bien sûr.

Seulement, dans la réalité, nous ne saurons jamais tout, donc il faut nous contenter d’une compréhension imparfaite et de causes prochaines – y compris l’influence des grands hommes.

« S’il est une chose humainement certaine », écrit William James, « c’est que la société du grand homme ne le fait pas avant qu’il puisse la refaire.

Des forces physiologiques, avec lesquelles les conditions sociales, politiques, géographiques et dans une large mesure anthropologiques ont exactement autant de rapport, ni plus, ni moins, que le cratère du Vésuve avec le vacillement du gaz qui m’éclaire en ce moment, voilà ce qui le fait.

Mr. Spencer soutiendrait-il que les pressions sociologiques ont convergé avec tant de force sur Stratford-on-Avon vers le 26 avril 1564, qu’il fallait nécessairement qu’un W. Shakespeare y naquît, avec toutes ses particularités mentales?…

Veut-il dire que si le susdit W. Shakespeare était mort du choléra infantile, une autre mère de Stratford-on-Avon aurait dû en engendrer une copie conforme pour rétablir l’équilibre sociologique ?

Le professeur Skinner est un psychologue expérimenté et son traité sur « la Science et le comportement humain », solidement appuyé sur les faits.

Mais malheureusement, ceux-ci sont pris dans un domaine si limité que lorsque enfin l’auteur se risque à une généralisation, ses conclusions sont aussi sommaires et aussi loin de la réalité que celles du théoricien victorien.

Il ne pouvait en être autrement, car l’indifférence du professeur Skinner envers ce que James appelle des « forces physiologiques » est presque aussi complète que celle de Herbert Spencer.

Il expédie en moins d’une page les facteurs génétiques déterminant le comportement humain.

Il n’y a pas la moindre allusion dans son livre aux découvertes de la médecine « constitutionnelle » ni à cette psychologie « constitutionnelle » qui seule, pour autant que j’en puisse juger, permettrait d’écrire la biographie complète et réaliste d’un individu par rapport aux faits significatifs de son existence – son corps, son tempérament, ses dons intellectuels, son milieu immédiat à chaque instant, ses temps, lieu et culture.

Une science du comportement humain est comme celle du mouvement dans l’abstrait, nécessaire, mais, par elle-même, totalement insuffisante pour restituer les faits.

Considérons une libellule, une fusée et une vague qui déferle.

Toutes trois illustrent les mêmes lois fondamentales du mouvement, mais elles le font de manières très diverses et les différences sont au moins aussi importantes que les ressemblances.

A elle seule, une étude du mouvement ne peut nous donner à peu près aucune indication sur le genre d’objet qui, dans n’importe quel cas donné, se déplace.

De même, une étude du comportement ne peut, par elle-même, presque rien nous apprendre sur le composé individuel corps-esprit, qui, dans quelque circonstance particulière que ce soit, fait montre de l’attitude analysée.

Mais la connaissance de ces composés corps/esprit est d’une importance primordiale pour nous qui en sommes.

De plus, nous savons, par l’observation et l’expérience, que les différences entre eux sont considérables et que certains exercent une influence profonde sur leur milieu social.

Sur ce dernier point, Mr. Bertrand Russeit est en parfait accord avec William James – et avec pratiquement tout le monde, ajouterai-je sauf les tenants du scientisme spencérien ou behavioriste.

Selon Russell, les causes des changements historiques sont de trois ordres évolution économique, théorie politique et personnalités puissantes.

« Je ne crois pas », écrit-il, « qu’aucune de celles-ci puisse être mise de côté, ou complètement élucidée en la définissant comme l’effet de causes d’une autre nature. »

Ainsi donc, si Bismarck et Lénine étaient morts en bas âge, notre monde serait très différent de ce qu’il est aujourd’hui, en partie grâce à ces deux hommes.

« L’histoire n’est pas encore une science et ne peut passer pour telle qu’au moyen de falsifications et d’omissions. »

Dans la vie réelle, celle que l’on vit jour après jour, on ne peut jamais se débarrasser de l’individuel en l’élucidant.

Ce n’est qu’en théorie que son apport semble tendre vers zéro; en pratique, il est d’une importance primordiale.

Quand un travail est accompli dans le monde, à qui sont donc les mains qui le réalisent, les yeux et les oreilles qui le perçoivent, le cerveau qui le pense ?

Qui a les sentiments qui font agir, la volonté qui surmonte les obstacles ?

Sûrement pas le milieu social, car un groupe n’est pas un organisme, mais une organisation aveugle et inconsciente. Tout ce qui est fait dans une société, l’est par des individus.

Ils sont, bien sûr, profondément influencés par la culture locale, les tabous et les lois morales, les informations, vraies et fausses, héritées du passé et conservées dans un ensemble de traditions orales ou de littérature écrite, mais ce que chacun d’eux tire de la société (ou, pour être plus exact, ce qu’il tire des autres individus associés en groupes et des archives symboliques compilées par les vivants ou les morts) sera utilisé par lui à sa manière propre et unique avec ses sens, sa constitution biochimique, son physique, son tempérament et non pas avec ceux des autres.

Aucune explication scientifique, si complète et approfondie soit-elle, ne peut faire disparaître ces faits évidents.

Et n’oublions pas que le portrait scientifique brossé par le professeur Skinner de l’homme en tant que produit du milieu social n’est pas le seul.

Il en est d’autres et plus réalistes, par exemple celui du professeur Roger William. Ce qu’il peint, ce n’est pas le comportement dans l’abstrait, mais des unités corps-esprit en train d’agir – des unités qui sont les produits à la fois du milieu auquel ils participent avec d’autres et de leur hérédité propre.

Dans The Human Frontier et Free but unequal (*), il s’est étendu avec un luxe de preuves détaillées et circonstanciées, sur ces différences innées entre individus dont le professeur Watson ne relevait aucun indice et dont l’importance, pour le professeur Skinner, tendait vers zéro.

Parmi les animaux, la variabilité biologique au sein d’une espèce donnée devient de plus en plus marquée à mesure que nous montons les degrés de l’évolution.

Elle atteint son point maximum chez l’homme, c’est là un fait patent, aisé à observer.

Mais ce que j’ai appelé sa Volonté à Ordre, le désir d’imposer une uniformité compréhensible à la diversité déroutante des choses et des événements, a conduit beaucoup de gens à le négliger.

Ils ont minimisé le caractère unique de la composition biologique et concentré toute leur attention sur les facteurs du milieu, plus simples et, dans l’état actuel des connaissances, plus compréhensibles.

« Il est résulté de ces pensées et de ces investigations centrées sur le milieu », écrit le professeur William, « que la doctrine de l’uniformité essentielle des petits de l’homme a été largement répandue et qu’elle est soutenue par un très grand nombre de psychologues, de sociologues, d’anthropologues, d’historiens, d’économistes, d’éducateurs, de légistes et d’hommes politiques. Elle a été incorporée dans le mode de pensée dominant de nombreux personnages qui ont contribué à donner forme aux décisions concernant l’éducation, le gouvernement et elle est souvent acceptée sans question par ceux qui font peu usage de leur sens critique.

Il y a des chances pour qu’un système moral fondé sur une appréciation assez réaliste des données de l’expérience fasse plus de bien que de mal, mais beaucoup d’entre eux ont pour base une conception de la nature des choses qui est catastrophiquement éloignée de la réalité et ceux-là font plus de mal que de bien.

C’est ainsi que, il n’y a pas longtemps encore, on croyait très généralement que le mauvais temps, les maladies du bétail et l’impuissance sexuelle pouvaient être et, dans bien des cas, étaient effectivement l’oeuvre de magiciens malveillants.

Attraper et tuer ces êtres dangereux était donc un devoir – devoir divinement tracé d’ailleurs dans le second livre de Moïse : « Tu ne souffriras pas que vive un magicien. »

Les codes de morale et de lois fondés sur cette conception erronée ont été la cause (durant les siècles où les hommes au pouvoir les ont pris le plus au sérieux) de maux effrayants.

Les orgies d’espionnage, de lynchage et d’assassinat légal que ces idées fausses sur la magie ont rendues logiques et obligatoire, n’ont pas été égalées jusqu’à ce que, de nos jours, les morales communiste et nazie, fondées sur des vues aberrantes, l’une dans le domaine économique, l’autre dans le domaine racial, aient ordonné et justifié des atrocités sur une échelle plus grande encore.

Des conséquences, à peine moins fâcheuses, risquent bien de suivre l’adoption généralisée d’une morale sociale qui repose sur l’idée fausse que notre espèce est essentiellement sociable, que les enfants des hommes naissent semblables les uns aux autres et que les individus sont le produit du milieu collectif.

Si ce point de vue était exact, si les humains étaient vraiment les membres d’une espèce faite pour la vie de société, si leurs différences individuelles étaient minimes et faciles à effacer complètement par un conditionnement approprié, alors, de toute évidence, il n’y aurait pas besoin de liberté et l’Etat aurait raison de persécuter les hérétiques qui la réclameraient.

Pour le termite, le service de la termitière représente l’indépendance parfaite.

Mais il se trouve que les humains ne sont que modérément grégaires; leurs sociétés ne sont pas des organismes comme la ruche ou la fourmilière mais des organisations, en d’autres termes des machines ad hoc pour vie collective.

De plus, les différences entre individus sont si grandes que, malgré le rabotage intellectuel le plus radical, un endomorphe extrême (pour reprendre la terminologie de W. H. Sheldon) conservera ses caractères viscérotoniques sociables, un mésomorphe extrême demeurera activement somatotonique envers et contre tout, un ectomorphe sera toujours cérébrotonique, introverti et hypersensible.

Dans le Meilleur des Mondes de ma fable, un comportement socialement acceptable était assuré par le double processus de la manipulation génétique et du conditionnement post-natal.

Les bébés étaient cultivés en bouteille et un degré très élevé d’uniformité dans la production était garanti par l’emploi d’oeufs provenant d’un nombre limité de mères, lesquels oeufs subissaient un traitement qui les faisait se diviser et se rediviser presque à l’infini, en produisant chaque fois de vrais jumeaux par fournées d’une centaine ou plus.

De cette manière, il était possible de fabriquer des servants standardisés pour les machines standardisées.

Et l’uniformisation des êtres était encore parachevée après la naissance par le conditionnement infantile, l’hypnopédie et l’euphorie chimique destinée à remplacer la satisfaction de se sentir libre et créateur.

Dans le monde où nous vivons, ainsi qu’il a été indiqué dans des chapitres précédents, d’immenses forces impersonnelles tendent vers l’établissement d’un pouvoir centralisé et d’une société enrégimentée.

La standardisation génétique est encore impossible, mais les Gros Gouvernements et les Grosses Affaires possèdent déjà, ou posséderont bientôt, tous les procédés pour la manipulation des esprits décrits dans Le Meilleur des Mondes, avec bien d’autres que mon manque d’imagination m’a empêché d’inventer.

N’ayant pas la possibilité d’imposer l’uniformité génétique aux embryons, les dirigeants du monde trop peuplé et trop organisé de demain essaieront d’imposer une uniformité sociale et intellectuelle aux adultes et à leurs enfants.  Pour y parvenir, ils feront usage (à moins qu’on les en empêche) de tous les procédés de manipulation mentale à leur disposition, et n’hésiteront pas à renforcer ces méthodes de persuation non rationnelle par la contrainte économique et des menaces de violence physique.

Si nous voulons éviter ce genre de tyrannie, il faut que nous commencions sans délai notre éducation et celle de nos enfants pour nous rendre aptes à être libres et à nous gouverner nous-mêmes.

Cette formation devrait être, ainsi que je l’ai déjà indiqué, avant tout centrée sur les faits et les valeurs – les faits qui sont la diversité individuelle et l’unicité biologique, les valeurs de liberté, de tolérance et de charité mutuelle qui sont les corollaires moraux de ces faits.

Mais malheureusement des connaissances exactes et des principes justes ne suffisent pas. Une vérité sans éclat peut être éclipsée par un mensonge passionnant.

Un appel habile à la passion est souvent plus fort que la meilleure des résolutions. Les effets d’une propagande mensongère et pernicieuse ne peuvent être neutralisés que par une solide préparation à l’art d’analyser ses méthodes et de percer à jour ses sophismes.

Le langage a permis à l’homme de progresser de l’animalité à la civilisation, mais il lui a aussi inspiré cette folie persévérante et cette méchanceté systématique, véritablement diabolique, qui ne caractérisent pas moins le comportement humain que les vertus de prévoyance systématique et de bienveillance persévérante, elles aussi filles de la parole.

Elle permet à ceux qui en font usage de prêter attention aux choses, aux personnes et aux événements, même quand les premières sont absentes et que les derniers ne sont pas en train de se passer.

Elle donne de la netteté, de la précision à nos souvenirs et, traduisant les expériences en symboles, elle convertit la fugacité immédiate du désir ou de l’horreur, de l’amour ou de la haine, en principes durables réglant les sentiments et la conduite.

Par quelque procédé dont nous n’avons nulle conscience, le système réticulaire du cerveau choisit, parmi une foule innombrable de stimuli, les quelques rares expériences qui ont une importance pratique pour nous.

De ces éléments inconsciemment triés, nous prélevons et abstrayons plus ou moins consciemment un nombre plus petit encore que nous étiquetons avec des mots de notre vocabulaire, puis classons dans un système à la fois métaphysique, scientifique et moral composé d’autres mots à un plus haut degré d’abstraction.

Dans le cas où toute cette sélection a été guidée par un code qui ne représente pas une conception trop fausse de la nature des choses, où les étiquettes verbales ont été choisies avec intelligence et leur caractère symbolique clairement compris, notre comportement tend à être réaliste et convenable.

Mais sous l’influence de mots mal choisis, appliqués – en méconnaissant complètement le fait qu’il s’agit de simples figures – à des expériences qui ont été sélectionnées et abstraites suivant un ensemble d’idées fausses, nous sommes enclins à nous conduire avec une férocité infernale et une stupidité organisée dont les animaux, précisément parce qu’ils ne parlent pas, sont heureusement incapables.

Dans leur propagande antirationnelle, les ennemis de la liberté pervertissent systématiquement les ressources du langage pour amener, par la persuasion insidieuse ou l’abrutissement, leurs victimes à penser, à sentir et à agir comme ils le veulent eux, les manipulateurs.

Apprendre la liberté (et l’amour et l’intelligence qui en sont à la fois les conditions et les résultats) c’est, entre autres choses, apprendre à se servir du langage.

Au cours des deux ou trois dernières générations, les philosophes ont consacré beaucoup de temps et de réflexion à l’étude des symboles et au sens du sens. Comment les mots et les phrases que nous prononçons se rattachent-ils aux choses, aux personnes et aux événements avec lesquels nous sommes en contact dans notre existence journalière?

Examiner ce problème nous prendrait trop longtemps et nous entraînerait trop loin. Qu’il suffise de dire que tous les matériaux intellectuels nécessaires pour s’instruire à fond dans le maniement du langage – à tous les niveaux depuis le jardin d’enfants jusqu’aux cours post-scolaires – sont actuellement à notre disposition.

On pourrait commencer sans délai à inculquer l’art de distinguer entre les usages correct et abusif des symboles.Bien plus, on aurait pu le faire depuis trente ou quarante ans. Et pourtant, nulle part on n’enseigne aux enfants une méthode systématique pour faire le départ entre le vrai et le faux, une affirmation sensée et une autre qui ne l’est pas. Pourquoi?

Parce que leurs aînés, même dans les pays démocratiques, ne veulent pas qu’ils reçoivent ce genre d’instruction. Dans ce contexte, la brève et triste histoire de l’Institute for Propaganda Analysis est terriblement révélatrice.

Il avait été fondé en 1937, alors que la propagande nazie faisait le plus de bruit et de ravages, par Mr. Filene, philanthrope de la Nouvelle-Angleterre.

Sous ses auspices, on pratiqua la dissection des méthodes de propagande non rationnelle et l’on prépara plusieurs textes pour l’instruction des lycéens et des étudiants.

Puis vint la guerre, une guerre totale, sur tous les fronts, celui des idées au moins autant que celui des corps.

Alors que tous les gouvernements alliés se lançaient dans « la guerre psychologique », cette insistance sur la nécessité de disséquer la propagande sembla quelque peu dépourvue de tact.

L’Institut fut fermé en 1941.

Mais même avant l’ouverture des hostilités, nombreux étaient ceux à qui ce genre d’activité paraissait extrêmement critiquable.

Certains éducateurs, par exemple, n’admettaient pas que l’on enseignât à démonter les rouages de la propagande, sous prétexte que cela rendrait les adolescents exagérément cyniques.

Les autorités militaires ne voyaient pas non plus l’entreprise d’un bon oeil, car elles craignaient que les recrues se missent à éplucher les propos des sergents-instructeurs.

Et puis il y avait les ecclésiastiques et les spécialistes de la publicité. Les premiers étaient hostiles par crainte de voir saper la foi et diminuer l’assistance aux offices, les seconds par crainte de voir saper la fidélité à la marque et diminuer les ventes.

Ces craintes et ces répugnances n’étaient pas sans fondement.

L’examen trop critique par trop de citoyens moyens de ce que disent leurs pasteurs et maîtres pourrait s’avérer profondément subversif.

Dans sa forme actuelle, l’ordre social dépend, pour continuer d’exister, de l’acceptation, sans trop de questions embarrassantes, de la propagande mise en circulation par les autorités et de celle qui est consacrée par les traditions locales.

La difficulté, une fois de plus, est de trouver le juste milieu.

Il faut que les individus soient suffisamment ouverts à la suggestion pour vouloir et pouvoir assurer le fonctionnement de leur société, mais pas trop, pour éviter de tomber sans défense sous l’emprise de manipulateurs professionnels.

De même, il conviendrait de les mettre au courant des méthodes de la propagande, assez pour qu’ils ne croient pas sans examen des sornettes pures et simples, mais pas trop, pour qu’ils ne rejettent pas en bloc les effusions pas toujours très rationnelles des gardiens bien intentionnée de la tradition.

Sans doute le juste milieu entre la jobardise et le scepticisme intégral ne sera-t-il jamais trouvé et gardé par la seule analyse.

Cette méthode assez négative pour aborder le problème devra être complétée par quelque chose de plus positif – l’énoncé d’un ensemble de valeurs généralement acceptables, fondé sur une solide base de faits contrôlés.

La première de toutes sera la liberté individuelle, reposant sur le fait reconnu de la diversité humaine et de l’unicité génétique; puis la charité et la compassion reposant sur l’an tique réalité de la famille redécouverte récemment par la psychiatrie moderne : le fait que l’amour est aussi nécessaire aux humains que la nourriture et l’abri, quelle que soit leur diversité mentale et physique; enfin, l’intelligence, sans laquelle l’amour est impuissant et la liberté inaccessible.

Cet ensemble de valeurs nous fournira un critère pour juger la propagande.

Celle qui sera reconnue à la fois absurde et immorale pourra être rejetée aussitôt.

Celle qui sera simplement irrationnelle, mais compatible avec l’amour et la liberté, sans s’opposer par principe à l’exercice de l’intelligence, pourra être acceptée, à titre provisoire, pour ce qu’elle vaut.

Histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine

Pierre Hillard, historien préfacier du Livre de Carroll Quigley, Histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine, aux éditions Le Retour Aux Sources.

La mise en place du projet de gouvernance mondiale remonte au XIXème siècle autour de la personnalité de Cecil Rhodes fondateur de la Rhodésie, créateur des bourses d’études Cecil Rhodes qui financeront toute les futurs membres de l’oligarchie mondialiste.

Premier projet de mondialisation 1939 : Union Now conçu par Clarence Striet journaliste au New York Times et boursier de la fondation Cecil Rhodes.

Pourquoi le monde anglo-saxon conçoit-il ce projet babélien ? Le rôle de la finance Hollandaise et des Marranes immigrés d’Espagne dans les Provinces Unies, les choix messianiques du puritain Cromwell, la city centre financier du monde, la lutte entre le modèle latin catholique et le modèle protestant biblique inspiré par la synagogue.

Le nouvel accord douanier transatlantique, le traité de Lisbonne, l’idée folle d’un parlement mondial, la notion envisagée de monnaie mondiale, autant de dispositions conformes au NOM et inspirées par les think tanks anglo-américains.

Carroll Quigley dans le documentaire d’Alex Jones « Invisible Empire ».


Armes silencieuses pour guerres tranquilles

Le document suivant a été publié dans la revue « America’s Promise Newsletter » en 1979, puis en annexe du livre « Behold a pale horse » de William Cooper en 1991. Daté de Mai 1979, il est présenté comme ayant été trouvé par un employé de Boeing le 7 Juillet 1986 dans un photocopieur IBM acheté à une vente de surplus militaire à la base aérienne de McChord.

Le document, par sécurité, ne porte pas la signature de l’organisation dont il provient. Mais des recoupements d’informations et de dates laissent supposer qu’il pourrait s’agir du Groupe de Bildergerg, un « club de réflexion » qui rassemble des personnes extrêmement puissantes des mondes de la finance, de l’économie, de la politique, de l’armée et des services secrets. Le document se présente comme un « manuel de programmation » de la société, apparemment destiné aux nouveaux membres de l’organisation.

Ce document pourrait aussi avoir été écrit par un auteur de science-fiction inspiré, ou par un journaliste bien informé. Selon certaines sources, l’auteur pourrait être Lyle Hartford Van Dyke, un activiste américain qui a également travaillé à la création de monnaies locales alternatives. Il aurait écrit le texte en 1979 et distribué quelques exemplaires à des amis. C’est l’un de ces exemplaires qui aurait été oublié dans la photocopieuse.

Vrai ou faux, l’important est que les stratégies qui sont décrites ici sont très largement appliquées dans les orientations de l’économie et de la société depuis 30 ans, dans tous les pays occidentaux, et avec une remarquable synchronisation.

Le texte Silent weapons for quiet wars prétend faire le point sur ce qui y est appelé la « Troisième Guerre mondiale » – guerre de l’élite contre les peuples, par laquelle la première cherche à prendre le contrôle des seconds – pour les vingt-cinq ans de cette dernière. Une entrée en matière comporte une mise en garde sur la démarche d’ « automatisation de la société » au moyen d’ « armes silencieuses » et sur le caractère sine qua non du non-respect de la vie humaine impliqué par une telle démarche ; le texte engage ensuite le lecteur au silence (« un tel écrit doit être tenu à l’abri du regard du public ») et à la négation de toute morale (« La solution aux problèmes de notre temps requiert une approche impitoyablement cynique, sans s’embarrasser d’une quelconque valeur »), avant de dresser le contexte historique à l’origine des « armes silencieuses », puis d’entrer réellement dans le protocole, lequel mêle des concepts de physique, de cybernétique et d’économie, en comparant les composantes de la société humaine à des structures informatiques, « programmables » en vue d’une fin.


Le groupe Bilderberg, aussi appelé conférence de Bilderberg ou club Bilderberg, est un rassemblement annuel et informel d’environ 130 membres, essentiellement américains et européens, et dont la plupart sont des personnalités de la diplomatie, des affaires, de la politique et des médias.

Ce forum annuel a été inauguré en mai 1954 à Oosterbeek aux Pays-Bas, lors d’une réunion à l’hôtel Bilderberg le groupe est au centre de plusieurs controverses du fait de sa non médiatisation et du caractère confidentiel du bilan des conférences.

Denis Healey, l’un des initiateurs de la conférence de Bilderberg de 1954 et membre du comité directeur pendant 30 ans, a expliqué en 2001 :

« Dire que nous cherchions à mettre en place un gouvernement mondial unique est très exagéré, mais pas totalement absurde. Nous autres à Bilderberg pensions qu’on ne pouvait pas continuer à se faire la guerre éternellement et à tuer des millions de gens pour rien. Nous nous disions qu’une communauté unique pouvait être une bonne chose. »

La non médiatisation des conférences de Bilderberg, qui se tiennent au mois de mai ou juin de chaque année, a entraîné des spéculations sur une éventuelle discipline médiatique de silence qui violerait l’éthique journalistique. Parmi les reproches émis à l’encontre de Bilderberg, on notera la crainte de voir une structure collégiale abritant un petit nombre de personnes prendre, sans contrôle démocratique par des tiers, des décisions importantes en économie ou en politique. Des sources journalistiques belges évoquent la possibilité que les membres de la conférence s’engageraient à user de leur influence pour faire appliquer ce qui a été convenu au cours de la conférence.

Les portes de la perception – Aldous Huxley [PDF]

Devant l’intérêt croissant que vous porter à l’article  » Citations les portes de la perception » je vous partage ici le PDF que vous pouvez télécharger pour lire sur un autre support.


Extrait de Retour au Meilleur des Mondes

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Voir la Déclaration de David Cameron, le premier ministre britannique, devant les Nations Unies, le 26 septembre 2014.

Fahrenheit 451 – Dystopie [PDF]

La société déshumanisée décrite par Fahrenheit 451 montre que de nombreuses valeurs humaines ont sombré ; l’amour, puisque Montag et sa femme ne se rappellent plus leur première rencontre, l’intelligence a aussi sombré ; en effet, les gens se contentent de l’opinion officielle et même les « gardiens de la vérité », comme Beatty, ne comprennent pas ce qu’ils disent, puisque d’après eux, la culture et le dialogue se résument à un échange de citations.

Même la communication a sombré, chacun fait preuve d’un égoïsme forcené. Les gens sont redevenus des enfants, ils vivent dans l’immanence et l’indifférence et veulent uniquement agir : « Les gens ne parlent de rien. » Enfin, cette société est probablement redevenue primitive, puisqu’elle pratique le culte de la violence, au nom du bonheur.

L’échec d’une société du bonheur : la société présentée par Fahrenheit 451 est a priori parfaite, puisque les gens qui y vivent sont heureux, comme l’explique Beatty dans son discours. Cependant, ceci n’est qu’une illusion. En effet, dès les premières pages, Montag se rend compte qu’il n’est pas heureux. Inconsciemment, Mildred sait qu’elle n’est pas heureuse, puisqu’elle tente de se suicider à l’aide de somnifères. D’ailleurs, son cas n’est pas exceptionnel : « Des cas comme ça […] on en a tellement depuis quelques années. »

Par ailleurs, sous couvert de proposer du bonheur aux gens, cette société machiavélique en profite pour leur vendre une foule de produits ; ainsi, Montag s’est mis dans une situation financière délicate pour pouvoir offrir à sa femme sa télévision murale ; cependant, le système profite aussi de leur inconscience pour leur vendre des choses bien plus importantes, comme un président ou une guerre.

Finalement, cette bêtise élevée en façon de vivre finit par se retourner contre la société elle-même. À force de niveler son niveau par le bas, elle devient incapable de faire face à sa propre déliquescence. Les infirmiers qui sauvent Mildred après sa tentative de suicide reconnaissent l’étendue de ce fléau, mais ne semblent ni le comprendre, ni s’en inquiéter. Le gouvernement ordonne la chasse aux livres, mais ne s’intéresse pas aux hommes livres, qui en sauvent le contenu. Enfin, si les raisons de la défaite finale ne sont pas clairement expliquées, on les devine aisément : l’intelligence, indispensable à la mise en place de stratégies et à l’innovation technologique, a fait défaut aux militaires.

La Stratégie du choc [PDF]

9782742775446Montée d’un capitalisme du désastre

Qu’y a-t-il de commun entre le coup d’Etat de Pinochet au Chili en 1973, le massacre de la place Tiananmen en 1989, l’effondrement de l’Union soviétique, le naufrage de l’épopée Solidarnosc en Pologne, les difficultés rencontrées par Mandela dans l’Afrique du Sud post-apartheid, les attentats du 11 septembre, la guerre en Irak, le tsunami qui dévasta les côtes du Sri Lanka en 2004, le cyclone Katrina, l’année suivante, la pratique de la torture partout et en tous lieux – Abou Ghraïb ou Guantánamo – aujourd’hui ?
Tous ces moments de notre histoire récente, répond Naomi Klein, ont partie liée avec l’avènement d’un “capitalisme du désastre”.
Approfondissant la réflexion militante entamée avec son bestseller No Logo, Naomi Klein dénonce, dans La stratégie du choc, l’existence d’opérations concertées dans le but d’assurer la prise de contrôle de la planète par les tenants d’un ultralibéralisme tout puissant. Ce dernier met sciemment à contribution crises et désastres pour substituer aux valeurs démocratiques, auxquelles les sociétés aspirent, la seule loi du marché et la barbarie de la spéculation.
Remarquablement conduite et documentée, cette histoire secrète du libre marché, qui dessine une nouvelle éthique de l’investigation journalistique, s’affirme comme une lecture indispensable pour réévaluer les enjeux des temps présent et à venir, vis-à-vis desquels les citoyens du monde portent, ensemble, une responsabilité impossible à déléguer.
Journaliste, essayiste et réalisatrice, diplômée de la prestigieuse London School of Economics, Naomi Klein est l’auteur du best-seller international No Logo, traduit dans vingt-huit langues et devenu une référence incontournable dans le monde entier. Elle contribue régulièrement à la rubrique internationale de The Nation et The Guardian, et s’est rendue en Irak pour le magazine Harper’s.
En 2004, elle a réalisé un film documentaire, The Take, sur l’occupation des usines en Argentine, qu’elle a coproduit avec le réalisateur Avi Lewis.