Je veux vous parler de l’avenir de l’argent!

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Crypto-monnaie TenX le 05.08.2017

Commençons avec l’histoire des Yap, une société qui vivait en Micronésie au début des années 1900. Je veux vous en parler parce que leur forme d’argent est vraiment intéressante. Ils utilisent ces disques calcaires appelés pierres Rai. Les Yap ne déplacent pas vraiment ces pierres,ils ne les échangent pas comme nous avec nos pièces, parce que les pierres Rai peuvent être assez lourdes. La plus grande pèse quatre tonnes et mesure 3,6 m de diamètre. Les Yap gardent seulement une trace de qui possède quelle pierre. Il y a une histoire à propos de marins qui transportaient une pierre. Ils eurent des problèmes et la pierre coula. Les marins retournèrent sur l’île et racontèrent ce qu’il s’était passé. Tout le monde décida que, oui, les marins avaient la pierre et que, pourquoi pas, elle comptait toujours. Même si elle était au fond de l’océan,elle faisait toujours partie de l’économie Yap. Vous pensez peut-être que c’est une petite culture datant d’il y 100 ans. Mais des choses comme ça arrivent aussi dans le monde occidental et les Yap utilisent encore ces pierres d’une certaine manière.

En 1932, la Banque de France demanda aux États-Unis de convertir leurs avoirs en dollars en or. Mais c’était trop gênant d’envoyer tout cet or jusqu’en Europe. Au lieu de ça, quelqu’un est allé là où l’or était stocké et ils l’ont simplement étiqueté comme appartenant désormais à la France. Et tout le monde fut d’accord pour dire que la France le possédait. C’est comme ces pierres Rai. Ce que je veux montrer avec ces deux exemples, c’est que rien n’a de valeur intrinsèque que ce soit un dollar, une pierre ou une pièce. La seule raison pour laquelle ces choses ont une valeur, c’est parce que nous avons décidé qu’elles en avaient. Et parce que nous avons pris cette décision, elles en ont une. L’argent, ce sont les échanges et les transactions que nous avons entre nous. L’argent n’a rien d’objectif. Il s’agit de l’histoire collective de sa valeur que nous nous racontons les uns aux autres. Une fiction collective. Et c’est un concept très puissant.

Depuis une vingtaine d’années, nous avons commencé à utiliser l’argent numérique. Je suis payée par virement, et je paye mon loyer par transfert bancaire, je paye mes impôts en ligne. Chaque mois, un petit montant est déduit de ma paye et investi dans un fond d’investissement pour ma retraite. Toutes ces interactions ne font que déplacer des 1 et des 0 entre ordinateurs. Il n’y a rien de physique, comme une pierre ou une pièce. L’argent numérique me permet de payer quelqu’un partout dans le monde en quelques secondes. Maintenant, quand ça fonctionne, c’est grâce aux grandes institutions qui garantissent chacun des 1 et des 0 qui changent sur les ordinateurs. Et quand ce n’est pas le cas, c’est souvent la faute de ces grandes institutions. Ou du moins, c’est à elles de régler le problème. Et souvent, elles ne le font pas. Il y a beaucoup de frictions dans le système. Combien de temps a-t-il fallu aux banques américaines pour mettre en place la carte à puce ? La moitié de mes cartes de crédit ne fonctionnent toujours pas en Europe. Ce sont des frictions. Transférer de l’argent par-delà les frontières et les monnaies est vraiment coûteux : des frictions. Un entrepreneur en Inde peut monter une entreprise en quelques minutes, mais c’est difficile pour elle d’obtenir des prêts et d’être payée : friction. Notre accès à l’argent numérique et notre capacité à faire des transactions librement sont limitées par ces gardiens.

Il y a beaucoup d’obstacles dans le système qui le ralentissent. C’est parce que l’argent numérique n’est pas vraiment le mien, ce sont des entrées dans les bases de données qui appartiennent à ma banque, ma société de carte de crédit ou ma société d’investissement. Toutes ces sociétés ont le droit de dire « Non. » Si je suis un marchand sur PayPal et que Paypal me catalogue à tort comme fraudeur, c’est fini. Mon compte est bloqué et je ne peux plus être payée. Ces institutions se mettent en travers de l’innovation. Combien d’entre vous utilisent les photos sur Facebook, sur Google, Instagram ? Mes photos sont partout. Elles sont sur mon téléphone, sur mon ordinateur, dans mon ancien téléphone, sur DropBox. Elles sont toutes sur tous ces sites Internet. Et la plupart de ces services ne fonctionnent pas ensemble. Ils n’interopèrent pas. Il en résulte que c’est le bazar dans ma bibliothèque de photos. La même chose se produit quand les institutions contrôlent l’approvisionnement en argent. Beaucoup de ces services n’interopèrent pas, et il en résulte des blocages avec nos paiements. Cela fait augmenter les coûts de transaction.Jusqu’à présent, nous avons connu deux phases. Dans un monde analogique, nous devions gérer des objets physiques, et l’argent se déplaçait à une certaine vitesse… à vitesse humaine. Dans le monde numérique, l’argent peut aller plus loin et plus rapidement mais nous sommes à la merci des gardiens de ces institutions. L’argent ne se déplace qu’à la vitesse des banques.

Nous nous apprêtons à entrer dans une nouvelle phase. L’avenir de l’argent est programmable. Lorsqu’on combine un logiciel et une monnaie, l’argent devient alors plus qu’une unité de valeur statique, et nous n’avons plus à dépendre des institutions pour sa sécurité. Dans le monde programmable, nous sortons les humains et les institutions de la boucle. Et quand ça arrivera, nous n’aurons même plus conscience que nous faisons des transactions. L’argent sera dirigé par des logiciels et circulera en toute sécurité. Les crypto-monnaies constituent la première étape de cette évolution. Les crypto-monnaies sont de l’argent numérique qui n’est géré par aucun gouvernement ni aucune banque. C’est de l’argent conçu pour fonctionner dans un monde sans intermédiaire. Bitcoin est la crypto-monnaie la plus répandue, mais il y en existe des centaines. Il y a Ethereum, Litecoin, Stellar, Dogecoin, et ce n’en sont que quelques-unes parmi les plus connues. Et ces choses sont du vrai argent. Le vendeur de sushis dans ma rue accepte les Bitcoins. Je peux utiliser une appli sur mon téléphone pour acheter des sashimi. Mais ce n’est pas uniquement pour les petites transactions. En mars, il y a eu une transaction d’environ 100 000 bitcoins. C’est l’équivalent de 40 millions de dollars américains. Les crypto-monnaies sont fondées sur un domaine spécifique des mathématiques appelé cryptographie. La cryptographie est l’étude de la sécurisation des communications et traite de deux choses très importantes : masquer l’information de façon à ce qu’elle soit cachée à la vue de tous et vérifier un élément de l’information source. La cryptographie soutient de nombreux systèmes autour de nous. C’est tellement puissant que parfois, le gouvernement américain l’a classifiée comme une arme. Pendant la deuxième guerre mondiale, casser les codes de systèmes comme Enigma fut vital pour décoder les transmissions ennemies et changer l’issue de la guerre. Aujourd’hui, quiconque avec un moteur de recherche moderne utilise un système chiffré plutôt sophistiqué. C’est ce que nous utilisons pour sécuriser les interactions sur Internet.

C’est ce qui nous permet de saisir nos mots de passe en toute sécurité et d’envoyer des informations financières à des sites Internet. Ce que les banques nous donnaient, des transferts d’argent numérique fiables, nous pouvons maintenant l’avoir avec des applications de cryptographie. Ça signifie que nous n’avons plus à nous fier aux banques pour sécuriser nos transactions. Nous pouvons le faire nous-mêmes. Les Bitcoins utilisent exactement la même idée que les Yap utilisaient, la connaissance collective des transferts. En Bitcoin, je dépense en transférant des Bitcoins, et je suis payée quand quelqu’un d’autre me transfère des Bitcoins. Imaginez que nous ayons un papier magique. Ce papier magique fonctionne ainsi : je peux vous en donner une feuille et si vous écrivez quelque chose dessus, ça apparaîtra aussi comme par magie sur mon morceau de papier. Disons qu’on donne simplement à tout le monde ce papier et chacun écrit dessus les transferts qu’il effectue dans le système Bitcoin. Tous ces transferts sont copiés sur les papiers de tout le monde. En regardant le mien, j’aurais la liste de tous les transferts qui ont eu lieu dans toute l’économie Bitcoin. C’est en réalité ce qui se passe avec la Blockchain Bitcoin, qui est une liste de toutes les transactions en Bitcoin. Sauf que ce n’est pas fait sur papier. C’est fait via un code informatique, qui tourne sur des milliers d’ordinateurs en réseau dans le monde. Tous ces ordinateurs confirment, de manière collective, qui possède des Bitcoins. La Blockchain Bitcoin est le cœur du fonctionnement des Bitcoins. Mais d’où viennent les Bitcoins ? Eh bien, le code est conçu pour créer de nouveaux Bitcoins selon un planning donné. Pour obtenir des Bitcoins, je dois résoudre un casse-tête… un casse-tête cryptographique aléatoire. Imaginez que nous ayons 15 dés, et que nous jetions ces dés encore et encore. A chaque fois que les dés tombent tous sur un six,nous déclarons avoir gagné. C’est très similaire à ce que font ces ordinateurs. Ils essayent encore et encore d’obtenir le bon numéro. Et quand ils l’ont, on déclare que le casse-tête est résolu. L’ordinateur qui résout cette énigme publie sa solution au reste du réseau et collecte sa récompense : de nouveaux Bitcoins. En résolvant cette énigme, ces ordinateurs sont en fait en train de participer à la sécurisation de la Blockchain Bitcoin et ajoutent à la liste de transactions. Il y a des gens partout dans le monde qui font tourner ce logiciel, et on les appelle des mineurs Bitcoin. N’importe qui peut être un mineur Bitcoin.

Vous pouvez télécharger le logiciel dès maintenant, le lancer sur votre ordinateur et essayer de collecter quelques bitcoins. Je ne dis pas que je le recommande, parce qu’aujourd’hui, le casse-tête est tellement difficile et le réseau tellement puissant que si j’essayais de miner des Bitcoins sur mon ordinateur, j’en aurais probablement pour 2 millions d’années. Les mineurs, les mineurs professionnels, utilisent des ordinateurs dédiés, conçus pour résoudre les énigmes très rapidement. Pour ce réseau Bitcoin et ces ordinateurs, on estime que la quantité d’énergie qu’ils utilisent est équivalente à celle d’un petit pays. Donc, le premier jeu de crypto-monnaies est un petit peu lent et un peu lourd. Mais la génération suivante sera bien mieux et bien plus rapide. Les crypto-monnaies sont la première étape vers un monde avec une monnaie programmable mondiale. Dans une monde doté d’une monnaie programmable, je peux payer n’importe qui en toute sécurité sans avoir à souscrire, demander la permission, faire une conversion, ou m’inquiéter de voir mon argent gelé. Je peux envoyer de l’argent partout dans le monde. C’est quelque chose d’incroyable. C’est cette idée d’innovation sans autorisation. Internet a généré une explosion en matière d’innovation, parce que ça a été créé sur une architecture libre. Et tout comme Internet a changé la façon dont nous communiquons, l’argent programmable va modifier la façon dont nous payons, attribuons et décidons des valeurs. Quel genre de monde l’argent programmable crée ? Imaginez un monde où je peux louer mes données de santé à une société pharmaceutique. Ils peuvent lancer des analyses de données à grande échelle et me fournir une preuve cryptographique qui montre qu’ils n’utilisent mes données que de la façon dont nous avons convenu. Ils peuvent me payer pour ce qu’ils ont découvert. Au lieu de souscrire à un service de streaming et avoir une facture pour le câble, et si ma télévision analysait mes habitudes audiovisuelles et me recommandait un contenu à un prix défini qui réponde à mon budget et qui m’intéresse ? Imaginez Internet sans publicité, parce qu’au lieu de payer avec notre attention lorsqu’on regarde du contenu, on le payerait, tout simplement.

Curieusement, des choses comme les micro-paiements sont en train de changer la façon dont la sécurité fonctionne, car une fois que nous pourrons lui attribuer une valeur, les gens utiliseront leur argent et leur énergie à des choses plus constructives. Si envoyer un courriel coûtait une fraction de centime, recevrions-nous encore des spams ? Nous ne sommes pas encore dans ce monde-là, mais nous y arrivons. Aujourd’hui, c’est comme si nous étions dans un monde qui verrait apparaître la première voiture. La première crypto-monnaie est comme la première voiture, lente, difficile à comprendre et difficile à utiliser. L’argent numérique, comme le cheval et la calèche, fonctionne plutôt bien et l’intégralité de l’économie mondiale se base dessus. Si vous étiez la première personne de votre quartier à avoir une voiture avec un moteur interne à combustion, vos voisins penseraient sûrement que vous êtes fou : « Pourquoi vouloir cette grosse machine imposante qui se casse tout le temps, qui prend feu, et qui va plus lentement qu’un cheval ? » Nous savons tous comment cette histoire se termine. Nous entrons dans l’ère de l’argent programmable. C’est très excitant et aussi un peu effrayant. Les crypto-monnaies peuvent être utilisées pour des transactions illégales, comme l’argent liquide l’est aujourd’hui dans le monde. Quand toutes nos transactions ont lieu en ligne, quid de la surveillance ? Qui peut voir ce qu’on fait ? Qui profite de ce nouveau monde et qui n’en profite pas ? Pourquoi dois-je maintenant payer des choses que je n’avais pas à payer avant ? Deviendrons-nous tous des esclaves des algorithmes et du réseau ? Toute nouvelle technologie apporte son lot de compromis.L’Internet nous a fourni de nombreuses façons de perdre du temps. Mais ça augmente aussi grandement la productivité. Les téléphones portables sont agaçants car ils me donnent l’impression de devoir rester connectée à mon travail tout le temps. Ils me permettent aussi de rester en contact avec mes amis et ma famille. La nouvelle économie du partage va faire disparaître certains emplois. Mais ça va aussi créer de nouvelles formes d’emplois flexibles. Avec l’argent programmable, nous avons séparé notre besoin d’institutions, en qui on a confiance, de l’architecture du réseau. Cela augmente l’innovation en matière d’argent, ce qui est nécessaire.

L’argent programmable démocratise l’argent. Et à cause de ça, les choses vont changer de manière totalement imprévisible.

Sans titre
Crypto-monnaie TenX le 13.08.2017

Lire cet article de Mustapha Menier, proposé le 26.07.2017

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