Le banquier d’affaires Macron décrit par un collègue de New York…

écrit par Sébastien LAYE,HEC, Sc.Po, Droit, Banquier d’affaires à New York, Chercheur associé à l’institut Thomas More, Auteur de nombreuses études(*),(10 Avril 2017)

Alors même que le système politico-médiatique semble accepter cette fange de scandale(s) et l’absence de débat public durant cette campagne, d’aucuns mettent en exergue, pour mieux le comparer en creux à François Fillon, le manque de probité de Monsieur Macron, qui nous est proposé – imposé ?- comme le seul choix dans un dilemme cornélien pour enrayer l’accession au pouvoir du Front national : dépenses faramineuses à Bercy ou à Las Vegas pour lancer En Marche avec l’argent public du contribuable, déclaration de patrimoine plus que fallacieuse avec une fortune nette étonnamment proche de zéro….Les Français ne paraissent pas dupes d’un rapport à l’argent complexe chez le jeune énarque. Qu’est ce qui pose problème dans cette déclaration de patrimoine ?

Du recyclage de l’argent douteux

En apparence, la disparition de l’essentiel des revenus gagnés durant son passage par la banque d’affaires Rothschild. Plus de trois millions de salaires et bonus en trois ans et demi. En réalité, rien n’interdit de s’imaginer que le candidat a simplement dépensé l’essentiel de cette somme après impôts. Cependant, comme le rappelle excellemment mon ami de l’IREF Jean Philippe Delsol, soit Macron a menti de manière éhontée sur sa déclaration, soit il est un piètre gestionnaire de ses propres deniers (ce qui laisse augurer du pire pour nos finances publiques) : tels ceux qui recyclent de l’argent douteux en achats de pièces d’arts (Monsieur Gueant), Monsieur Macron prétend avoir dépensé l’essentiel de son bonus après impôts consécutifs à une importante transaction, en travaux de rénovation de la maison de son épouse.

Or, marié sous le régime de la communauté, notre piètre fiscaliste ou simple protégé de l’administration fiscale déclare en passif un prêt finançant ces travaux (moins 500 000 euros) sans aucune augmentation de son actif, alors même que le patrimoine est commun puisque cette rénovation (suspecte par son envergure, il est permis de douter de l’intérêt de dépenser 500 000 euros en travaux dans une maison qui n’atteint même pas 150% du prix des travaux) a eu lieu après le mariage.

Surtout, quand on dépense un demi-million en travaux, on s’attend à ce que la valeur du bien augmente, au minimum de la somme dépensée, vraisemblablement de beaucoup plus dans le contexte immobilier actuel. Pourquoi dissimuler ainsi rapidement les gains chez Rothschild par ce passe-passe des travaux ?

Cette digression fiscale et immobilière nous amène à prendre de la hauteur et à partager, avec nos lecteurs, les délices du capitalisme de connivence à la française dont Monsieur Macron et la plupart des jeunes inspecteurs des finances comme lui se sont faits les parangons. La banque d’affaires, faite de plusieurs métiers, est connue extérieurement pour son activité qui suscite le plus de fantasmes, celle des fusions acquisitions.

Les mœurs de Wall Street et de la City sont-elles les mêmes ?

J’ai moi-même exercé en indépendant cette activité entre 2010 et 2013, principalement aux Etats Unis (mais j’y ai un peu croisé Macron, déjà mon condisciple à ScPo, au cours de cette période, sur un ou deux sujets français). Le banquier en fusions acquisitions conseille des entreprises sur l’achat et la vente de compagnies. Aux Etats Unis, il s’agit d’un métier très technique, où le conseil vend du service de haut niveau, de l’analyse financière et juridique.

En France, du fait du poids de l’Etat, de nombreuses petites mains, souvent des jeunes gens issues d’HEC, effectuent ce travail ingrat mais les relations avec les clients et les affaires stratégiques sont majoritairement menées par des associés issus des rangs des grands corps français. Non pas des spécialistes de la finance ou de l’économie, mais des individus fraichement débarqués de la haute fonction publique, comme Macron chez Rothschild après quatre ans d’inspection des finances.

Quel est l’intérêt pour une banque aussi prestigieuse ? Eh bien, dans la mesure où l’Etat contrôle encore directement ou indirectement l’essentiel de l’économie française, on comprend l’intérêt à s’attacher les services de ces hauts fonctionnaires. Surtout, dans l’exercice de leur fonction, ces haut fonctionnaires –payés par le contribuable- ont accès à de l’information privilégiée que les banquiers lambda n’auront jamais.

Il suffit de lire un fantastique ouvrage financier des années 1980, Le Piège de Wall Street, sur l’affaire Triangle, du nom du rachat de Pechiney par les américains de Triangle. De nombreux hauts fonctionnaires français à l’époque ont pu faire passer l’information à des banques d’affaires contre de juteuses commissions, en pleine gloire mitterrandienne.

Un parfum de délit d’initié

A l’époque récente- celle de Macron- ce que cherche une banque d’affaires  chez un énarque, c’est une information ou un contact privilégié. Dans la commission Attali, le jeune Macron passe beaucoup de temps avec Peter Brabeck, le PDG de Nestlé, le questionne sur ses ambitions, ses cibles. Payé par le contribuable, drapé dans les oripeaux de l’inspection des finances, la situation est idéale pour — au nom de l’intérêt collectif et de la mission Attali — collecter un maximum d’informations, qui bien sûr incitera la vénérable banque à l’embaucher.

Pour le faire travailler immédiatement sur un mandat avec Nestlé, qui aboutira à une large transaction (le conseil d’un rachat pour Nestlé, celui des laits infantiles de Pfizer- alors même qu’aucun banquier sur la place ne sait que Nestlé est intéressé par ce secteur). On le voit la frontière est très tenue entre la haute fonction publique, le comportement d’initié, cette forme de banque d’affaires et la politique: un détestable mélange de genre qui a mené Macron a très vite tenté de dissimuler le bonus lié à cette opération.

Ajoutons aussi que c’est souvent la pratique dans les grandes banques d’affaires internationales de payer ces bonus en parts de fonds d’investissement luxembourgeois par exemple : rien d’illégal, mais il peut être judicieux de les transformer en pseudo travaux sur la maison familiale…Les gens comme Macron en France sont constamment sur la ligne de crête, très proche du comportement d’initié, et seraient certainement inquiétés si nous étions dans le monde anglo-saxon ou si le règne des grands corps ne tenaient pas lieu d’absolution totale dans notre pays.

Au fait, François Fillon, vous êtes un petit joueur avec votre mini-scandale. Le gouvernement technocratique sait, lui, depuis plus longtemps, concilier postures morales de gauche caviar avec une soif inextinguible d’argent facile. Sans que les citoyens ne le réalisent vraiment.

(*) : pour accéder à la liste des études et ouvrages, merci de cliquer sur:

http://institut-thomas-more.org/laye/

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Article publié à l’origine sur Entreprise.news :
http://www.entreprise.news/vrai-scandale-macron-largent-sale-inspecteurs-finances-sebastien-laye/

(Mis en ligne le 10 Avril 2017)

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