59 Tomahawk et autant de messages

Donald Trump aurait pu attendre 24 heures pour tirer ses missiles. Il a préféré passer à l’action tout en accueillant son hôte chinois. Comment ne pas y voir un message?

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Si cette action éclaire et ponctuelle est justifiée au nom de la «défense de la civilisation» contre un crime de guerre effectivement monstrueux – un argument moralement recevable après six ans de guerre atroce et 400 000 morts – on peine pourtant à en comprendre le véritable message car elle ne s’inscrit dans aucune stratégie affirmée. Peut-être y a-t-il autant de raisons à ce geste que de missiles tirés. Et au fait, les Etats-Unis sont-ils entrés en guerre contre le régime syrien?

Message à la Chine

Dans cette quête de sens, il est à souligner que Donald Trump a donné le feu vert à cette action militaire au moment précis où il recevait son homologue chinois pour une rencontre qualifiée de la première importance. Il aurait pu aisément attendre 24 heures pour frapper la Syrie, et ainsi éviter l’embarras à un hôte qui soutien systématiquement la Russie pour bloquer toute résolution de l’ONU visant le régime de Bachar al-Assad. S’il ne l’a pas fait, c’est précisément pour délivrer un message à la Chine. Lequel?

Il est double. Tout d’abord, par cette démonstration militaire, Donald Trump signifie que les Etats-Unis sont à nouveau prêts à agir de façon unilatérale, hors de tout recours à une quelconque légitimité internationale, pour défendre leurs intérêts. C’est un virage à 180 degrés avec son prédécesseur. Le président estime inutile de consulter son Congrès, ses alliés ou de préparer le terrain à l’ONU. Comme son slogan de campagne l’affirmait, c’est «l’Amérique d’abord». Le shérif est de retour.

Que vont comprendre les stratèges chinois?

Ensuite, il n’aura évidemment pas échappé aux oreilles de Pékin que le même Donald Trump déclarait en début de semaine qu’il envisageait d’intervenir seul en Corée du Nord si la Chine n’en faisait pas plus pour stopper le programme balistique et nucléaire de son protégé. Que voulait-il dire au juste? Après les frappes en Syrie, l’hypothèse d’une attaque américaine unilatérale contre des sites militaires nord-coréens devient soudain plausible. Est-ce que ce pourrait être lors d’un sixième essai nucléaire de Pyongyang, que certains experts prévoient pour les prochaines semaines?

Voilà Pékin prévenu. Le problème est de savoir comment ce double message sera décrypté par les stratèges chinois. Il est fort à parier qu’ils sont plongés dans la plus grande perplexité, comme le reste de la planète, à propos des réelles intentions de Donald Trump. C’est là que cela pourrait devenir dangereux. Si le président des Etats-Unis ne clarifie pas rapidement les contours de sa diplomatie, de ses alliances et de ses intérêts géostratégiques, il va s’ensuivre une instabilité qui peut faire craindre des erreurs de calcul fatales. Si au contraire Donald Trump devait accompagner ce pur coup de force – ou coup de bluff – d’une offensive diplomatique pour reprendre l’initiative face à Moscou en Syrie, et face à Pékin dans le dossier nord-coréen, cela pourrait s’avérer un coup de maître.

Faut-il accorder à Donald Trump le bénéfice du doute, celui de la possibilité d’une action en définitive favorable à la paix? A-t-on le choix?

https://www.letemps.ch/
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