« La Chine et les États-Unis doivent s’entendre sur l’orientation et la voie de la réforme de la gouvernance mondiale en vue de redessiner l’ordre international »


En tant que pays qui assure la présidence tournante, la Chine organisera, début septembre, le Sommet du G20 à Hangzhou. Tous les pays du monde ont le regard centré sur la Chine et placent en elle un grand espoir. La communauté internationale espère que ce sommet revitalisera la gouvernance économique mondiale qui souffre aujourd’hui de nombreuses lacunes, et que la Chine jouera son rôle moteur pour une reprise vigoureuse et durable de l’économie mondiale.

Un environnement international morose

Cette année, la situation politique et économique du monde a été extrêmement complexe et ne plaide pas en faveur de l’optimisme. Quelques problèmes méritent une grande attention :

Tout d’abord, l’économie mondiale connaît encore une grande pression à la baisse. On considère qu’il faut généralement entre cinq et sept ans pour sortir d’une crise économique et financière. Pourtant, huit ans après la crise financière mondiale de 2008, la croissance reste encore en bas de la « courbe en L ». En même temps, on constate que les États-Unis entrent dans un cycle marqué par le rétrécissement des liquidités et un dollar fort, alors que les politiques monétaires de l’euro et du yen prennent des voies différentes de celle du dollar. Le cours des biens de grande consommation comme le pétrole brut reste bas. De plus, les risques financiers s’accumulent et les difficultés économiques s’aggravent dans les pays émergents et les pays en développement. Compte tenu de ces facteurs négatifs, la croissance mondiale est confrontée à des difficultés sans précédent. D’ailleurs, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont déjà abaissé plusieurs fois leurs prévisions de croissance mondiale pour 2016. Selon la nouvelle prévision de la Banque mondiale, la croissance de l’économie mondiale sera sans doute inférieure à 2,4 %. Dans ce cas-là, le réajustement structurel de l’économie mondiale devient de plus en plus difficile.

Avec l’évolution rapide de l’environnement politique international, l’approfondissement des problèmes géopolitiques, ainsi que l’augmentation des incertitudes dans les relations internationales, le désordre et la fragmentation de la gouvernance mondiale s’aggravent.

Premièrement, le populisme et certains partis liés au courant d’idées de l’antimondialisation progressent dans un grand nombre de pays, notamment dans les pays occidentaux, ce qui est en train de changer le paysage politique et l’ordre social de ces pays. Cela pourrait changer en profondeur l’aspect du monde et remodeler l’ordre international.

L’Union européenne se sent impuissante devant le Brexit et fait face au risque de l’effet domino, tandis que les peuples français, espagnol, grec et italien ont vu monter le sentiment antieuropéen dans le contexte des flux migratoires en provenance du Moyen-Orient. À quelques mois de l’élection présidentielle aux États-Unis, le candidat du Parti républicain Donald Trump avance avec une force irrésistible. Tout cela, signe de la montée du populisme, montre le fort mécontentement et même l’indignation du peuple, y compris de la classe moyenne, à l’égard des échecs de gouvernance des élites. Les contradictions sont déjà fortement visibles, et la bataille politique étant de plus en plus violente, le résultat des élections devient imprévisible.

Deuxièmement, comme les États-Unis s’évertuent à promouvoir l’Accord de partenariat transpacifique (TPP) et le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP), la lutte autour de la dominance de la gouvernance mondiale et de la redistribution des intérêts liés à la mondialisation devient plus aiguë et compliquée. Afin d’entraver le développement de la Chine et d’autres économies émergentes, et de maintenir leur propre dominance dans le monde, les pays occidentaux, en particulier les États-Unis, espèrent changer les règles de la gouvernance mondiale en dressant des obstacles aux pays en développement.

Ces pays ne souhaitent pas voir une gouvernance conjointe entre l’Occident et l’Orient devenir réalité. En ce sens, le désordre et la fragmentation de la gouvernance mondiale profitent aux visées stratégiques des États-Unis, d’où la difficulté de relever les grands défis de gouvernance.

Troisièmement, l’approfondissement des contradictions géopolitiques et les jeux de pouvoir entre les grandes puissances apportent des obstacles stratégiques à la croissance économique et la gouvernance mondiale.

Il n’existe plus l’esprit de solidarité absolue qu’avaient exprimé les grands pays face à la crise financière de 2008. Actuellement, en raison de la géopolitique, il est beaucoup plus difficile de parvenir à un consensus pour relever les défis communs. L’affrontement durant la crise ukrainienne entre les États-Unis et la Russie, le système de défense antimissile américain en Europe orientale et en Asie orientale qui menacent la sécurité de la Chine et de la Russie, de même que l’intervention directe des États-Unis dans la question de la mer de Chine méridionale qui engendre des tensions régionales et porte atteinte aux relations bilatérales sino-américaines, contribuent à affaiblir la base de la coopération des grands pays.

Ces facteurs négatifs et complexes de l’environnement international ont accru les difficultés de la croissance mondiale et de la réforme du système de gouvernance. Du point de vue des relations sino-américaines, le Sommet du G20 offre non seulement une opportunité importante, il représente aussi un grand défi.

Le consensus entre la Chine et les États-Unis promouvra l’ordre international

Si la Chine et les États-Unis renforcent leurs consultations et leur coordination par la voie bilatérale et dans le cadre du G20 en parvenant à un consensus sur les grands défis qu’affronte la communauté internationale et en décidant de s’unir pour surmonter ensemble les difficultés, ils pourront promouvoir le développement sain et stable des relations bilatérales, fédérer les esprits entre le G20 et les principaux grands pays, stimuler la croissance et la transformation de l’économie mondiale, jouer un rôle directeur pour l’amélioration et la réforme du système de gouvernance mondiale et favoriser un ordre international plus juste, plus équitable et plus raisonnable.

Si le G20 est important, c’est parce qu’il représente une plateforme importante pour promouvoir la transformation stable du système de gouvernance mondiale, voire du système international. Les pays occidentaux entretiennent des doutes sur la montée en puissance des pays émergents comme la Chine, craignant qu’ils ne créent un nouveau système. Par conséquent, ils souhaitent les brider avec le système international existant et réaliser une réforme progressive de la gouvernance mondiale. Les pays occidentaux sont prêts à renoncer à certains de leurs droits au régime international à condition que les pays émergents se développent au sein du cadre actuel. Ces pays émergents, qui ont de leur côté bénéficié de l’actuel système et des règles internationales existantes, ne souhaitent pas partir de zéro, mais plutôt accéder au droit de redéfinir les règles de la gouvernance mondiale. Le G20 est un organisme de coopération capable de satisfaire aux besoins stratégiques de toutes les parties.

En ce qui concerne le défi, si la Chine et les États-Unis ne parviennent pas à faire face à la situation actuelle et à renforcer leur coopération, les relations bilatérales en souffriront, la croissance mondiale restera morose pendant des années, et la réforme du système de gouvernance mondiale aura du mal à enregistrer des progrès rapides.

Afin de faire du G20 un forum efficace pour la coopération entre la Chine et les États-Unis, ainsi qu’entre les pays développés et les pays en développement, il faut transformer le mécanisme de réponse aux crises en un outil de gouvernance mondiale à long terme. Cependant, un grand problème du G20 est son manque d’efficacité dans la prise de décisions et leur exécution, à cause de son rôle informel et de son statut de forum. Cela illustre aussi le désordre et la fragmentation de la gouvernance mondiale.

En raison du rôle informel du G20, ses décisions n’ont pas force légale et exécutoire. Il n’existe pas de relation, ni de mécanisme d’indexation entre le G20 et les organisations internationales comme le FMI. La montée des différenciations et contradictions internes constitue également un obstacle à l’efficacité du G20. De fait, on compte trois groupes distincts au sein du G20 : le G7, les BRICS et le MITKA (Mexique, Indonésie, Turquie, Corée du Sud et Australie). Les États-Unis, l’Europe et le Japon tentent d’influencer l’ordre du jour du G20 en utilisant le G7.

Tout cela a des conséquences négatives sur la coordination entre les grands pays, alors que seule l’unité permet l’efficacité du G20.

Comment renforcer la coopération dans le cadre du G20 ?

Dans ces circonstances, comment la Chine et les États-Unis peuvent-ils renforcer leur coopération dans le cadre du G20 ?

Tout d’abord, ils doivent assumer leurs responsabilités en tant que grands pays, afin de concrétiser le consensus entre les présidents des deux pays, surmonter les perturbations géopolitiques et favoriser un développement substantiel en matière de construction d’un nouveau type de relations entre grandes puissances, caractérisé par « le non-affrontement, l’évitement des conflits, le respect mutuel et la coopération gagnant-gagant ». Il leur faut également partager des vues identiques et dresser une feuille de route pour la stabilité de la stratégie globale et du développement des relations bilatérales par les voies et mécanismes de consultation et de coordination, comme le Dialogue stratégique et économique sino-américain. Tout cela permettra d’établir des bases de coopération en profondeur entre les deux pays au sein du G20, de l’ONU et d’autres plateformes, afin de relever les grands défis mondiaux.

Ensuite, au vu du marasme et du déséquilibre de l’économie mondiale, les turbulences massives sur les marchés financiers mondiaux, l’ampleur de la longue crise de la dette dans la zone euro et des pays en développement, promouvoir ensemble la croissance mondiale devra être le point essentiel de la coopération sino-américaine.

À l’ère de mondialisation, marquée par une interdépendance économique plus étroite entre la Chine et les États-Unis, la croissance mondiale concerne non seulement le développement chinois et américain, mais aussi l’économie nationale et la vie des peuples de tous les pays, voire le réajustement structurel de l’économie mondiale. Les deux parties devront donc agir en commun pour surmonter les difficultés et pousser la communauté internationale à résoudre les problèmes complexes à la source. À cet effet, il leur est nécessaire d’aboutir le plus tôt possible au Traité bilatéral d’investissement (BIT) et d’engager des discussions sur le TPP.

Étant donné que la Chine et les États-Unis sont respectivement la deuxième et la première économie mondiale, il leur est essentiel de dégager un consensus, conjuguer leurs efforts et jouer un rôle directeur dans la coopération au sein des organisations financières et économiques internationales telles que le FMI, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour le Sommet du G20 2016, les deux pays doivent donner l’exemple pour favoriser la coordination des politiques macroéconomiques et financières des grandes économies. Il s’agit là d’une condition qui s’impose pour la croissance mondiale.

De plus, la Chine et les États-Unis doivent s’entendre sur l’orientation et la voie de la réforme de la gouvernance mondiale en vue de redessiner l’ordre international.

Le centre de la réforme de la gouvernance mondiale est de donner le pouvoir de décision et le droit à la parole correspondants aux économies émergentes et aux pays en développement, dont la Chine, au sein du système économique international, pour que le changement des forces de la planète puisse s’y refléter.

Citons comme exemple la réforme du système monétaire international. Le système monétaire actuel, une prolongation du système né de Bretton Woods, est centré sur le dollar pour protéger les intérêts américains et est teinté de nationalisme monétaire. Il s’agit d’un outil efficace qui permet aux États-Unis de maintenir leur hégémonie et d’exploiter d’autres pays, notamment les pays en développement. Aujourd’hui, un système basé sur un panier de monnaies de réserve diversifiées pourrait être une bonne orientation de réforme et pourrait être considéré comme une période transitoire vers un système de monnaie de réserve supranationale.

Comment concrétiser ce projet de réforme ? Le système de monnaies de réserve diversifiées signifie que plusieurs monnaies, dont les quotes-parts, les intérêts et la responsabilité sont équivalents, fonctionnent ensemble comme la monnaie de réserve mondiale et se conditionnent mutuellement, afin de garantir un taux de change international et des actifs de réserve internationaux stables et crédibles à d’autres pays.

À présent, bien que le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling soient des monnaies de réserve internationales, le dollar domine le système monétaire en représentant 60 % à 70 % des réserves et des règlements internationaux. Par conséquent, les autres monnaies internationales ne sont pas à même d’influer efficacement sur le dollar, et les autres pays et régions ne peuvent pas demander aux États-Unis de prendre en considération leurs besoins intérieurs et internationaux. Fin 2015, le FMI a inclus le yuan en tant que monnaie de réserve internationale dans le panier de ses Droits de tirage spéciaux (DTS), signe d’un premier pas important vers un système de monnaies de réserve diversifiées. Au fur et à mesure que la puissance économique de la zone euro, de la Chine, de la Russie, de l’Inde, du Brésil et d’autres pays augmente, le système de monnaies de réserve diversifiées se formera. Certains proposent de faire des DTS une monnaie de réserve internationale mobilisable, ce qui pourrait être un choix valide. La Chine et les États-Unis pourront agir en commun pour le concrétiser.

Enfin, face aux défis communs à l’échelle mondiale tels que le fossé de plus en plus grand entre riches et pauvres, le débordement des courants antimondialisation et la montée du populisme, les deux pays doivent renforcer leur coopération, afin d’illustrer l’importance et l’urgence de la formation de communautés de destins et d’intérêts.

La Chine et les États-Unis peuvent explorer de nouvelles idées, de nouveaux modèles et de nouvelles pistes de coopération internationale sur les plans politique, économique et culturel. Ils peuvent, en gardant à l’esprit les objectifs de développement durable de l’ONU, attacher une plus grande importance au développement commun et à la prospérité commune des pays développés et des pays en développement.

Il ne fait aucun doute que l’histoire est en marche et que les temps changent. Les rôles des grands pays comme la Chine et les États-Unis et leur coopération étroite sont beaucoup plus importants que jamais. En ce sens, si les deux pays renforcent leur coopération dans le cadre du G20 pour revitaliser la gouvernance mondiale et réaliser une reprise stable de l’économie mondiale et une croissance durable, ils apporteront une contribution importante au monde.

*HE YAFEI est ancien vice-ministre des Affaires étrangères et ancien directeur adjoint du Bureau des affaires des Chinois d’outre-mer relevant du Conseil des affaires d’État.

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