Les connexions entre la Clinton Foundation, l’État et le Kremlin

Pourquoi le Département d’État d’Hillary a incité des investisseurs américains à financer la recherche russe pour des usages militaires ?

Hillary Clinton vante les mérites de son mandat en tant que Secrétaire d’État comme une période d’idéalisme réaliste et de “diplomatie commerciale” faisant progresser les intérêts nationaux et commerciaux américains. Mais sa gestion d’une importante initiative de transfert de technologie au cœur de l’effort de Washington pour “réinitialiser” les relations avec la Russie soulève de sérieuses questions sur son dossier. Loin d’améliorer les intérêts nationaux américains, les efforts de Mme Clinton dans ce domaine pourraient avoir sensiblement compromis la sécurité nationale des Etats-Unis.

Considérez Skolkovo, une “ville d’innovation” de 30.000 habitants à la périphérie de Moscou, présentée comme la version russe de la Silicon Valley, et un élément majeur de la politique de chaperonnage de la réinitialisation russe de madame Clinton.

Lors de sa visite en 2009 à Moscou, le président Obama avait annoncé la création de la Commission Bilatérale Présidentielle USA/Russie. Mme Clinton en tant que Secrétaire d’Etat dirigeait le côté américain, et le Ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov représentait les Russes. Les objectifs déclarés à l’époque: “l’identification des domaines de coopération et le maintien des projets communs, des actions qui renforcent la stabilité stratégique, de la sécurité internationale, du bien-être économique et du développement des relations entre les peuples russes et américains”.

Le Kremlin a investi 5 milliards de dollars sur trois ans pour financer Skolkovo. Le Département d’État de Mme Clinton a travaillé activement pour attirer des partenaires d’investissement américains et a soutenu le Fonds d’Investissements Étatique Russe, Rus nano, pour identifier des entreprises de technologie américaines dignes d’investissements russes. Rusnano, qui selon un conseiller scientifique du Président Vladimir Poutine est appelé “le fils de Poutine”, a été créé en 2007 et repose entièrement sur un financement étatique russe.

Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Récemment, des dizaines d’entreprises de technologie américaines, y compris les principaux donateurs de la Fondation Clinton comme Google, Intel et Cisco, ont versé d’importantes contributions financières à Skolkovo, Cisco ayant tranquillement investi 1 milliard de dollars. En mai 2010, le Département d’Etat a facilité une visite à Moscou pour 22 des plus grands noms du Capital-Risque des Etats-Unis et quelques semaines plus tard, les premiers mémorandums d’accord ont été signés entre Skolkovo et les entreprises américaines.

En 2012, le vice-président de la Fondation Skolkovo, Conor Lenihan – qui avait déjà établi un partenariat avec la Fondation Clinton – a enregistré que Skolkovo avait rassemblé 28 “partenaires clés” russes, américains et européens. Sur les 28 partenaires, 17 (soit 60%) ont pris des engagements financiers envers la Fondation Clinton, totalisant des dizaines de millions de dollars, ou ont parrainé des discours de Bill Clinton.

Les Russes liés à Skolkovo ont aussi versé des fonds pour la Fondation Clinton. Andrey Vavilov, le président de Superox, qui fait partie du groupe nucléaire de recherche de Skolkovo, a fait un don estimé entre 10.000 et 25.000 dollars (les dons sont déclarés dans des fourchettes, pas en montants exacts) à la Clinton’s Family Charity. Le milliardaire, chef de la Fondation Skolkovo et confident de Poutine, Viktor Vekselberg a également donné à la Fondation Clinton via sa société, Renova Group.

Au milieu de tout ce ballottement de roubles russes et de dollars américains, cependant, la recherche en technologie de pointe que représente Skolkovo a soulevé des alertes parmi les experts militaires américains et les représentants de la loi fédérale. Les recherches menées en 2012 sur Skolkovo par le Programme d’Etudes Militaires Etrangères de l’armée américaine à Fort Leavenworth ont révélé que le but de Skolkovo était de servir en tant que “véhicule de transfert de technologie dans le monde entier à la Russie dans les domaines de technologie, d’information, de biomédecine, d’énergie, de satellite et technologie de l’espace, et de technologie nucléaire”.

En outre, le rapport a déclaré: “la Fondation Skolkovo a en effet été impliquée dans des activités liées à la Défense depuis décembre 2011, quand elle a approuvé le premier projet lié aux armements et au développement d’un moteur de missile de croisière hypersonique… la concentration de tous les efforts n’étant pas uniquement de nature civile”.

La technologie peut avoir de multiples usages, civils et militaires. Mais en 2014, le Boston Business Journal a publié une lettre ouverte, accordée par le FBI, et notifiant que l’agence avait envoyé des avertissements à la recherche technologique et autres secteurs concernés dans des entreprises de capital-risque russes. La lettre ouverte, sous la plume de Lucia Ziobro, un agent spécial lié au bureau du FBI de Boston disait: “Le FBI estime que les véritables motivations des partenaires russes, qui sont souvent financées par leur propre gouvernement, sont d’avoir accès aux technologies émergentes, classées confidentielles, des entreprises”.

Mme Ziobro a également écrit que “La Fondation Skolkovo pouvait être un moyen pour le gouvernement russe d’accéder aux installations de développement de la recherche classée confidentielle de notre pays et aux technologies à double usage, impliquant des applications militaires et commerciales”.

Pour toute personne avertie, les déclarations du FBI ne devraient pas être surprenantes. Un attaché au Département d’État envoyé à l’époque, Secrétaire de Clinton (et révélé par WikiLeaks) avait mentionné les possibles “utilisations et contrôles d’exportations à double usage” liées à la recherche et à la technologie de développement dans ses engagements avec Moscou. Et dans sa propre documentation promotionnelle Skolkovo a annoncé le succès du développement de l’hybride dirigeable Atlant.

“Il faut noter particulièrement la capacité de Atlant à livrer des cargaisons militaires”, se vante le chargé de communication de Skolkovo: “L’introduction de ce véhicule unique est pleinement compatible avec l’idée de créer une armée mobile et ouvre de nouvelles possibilités pour l’utilisation de moyens de surveillance radar, de défense aérienne et antimissile, et de livraison des troupes aéroportées”.

Même si l’on pouvait prouver que ces dizaines de millions de dollars donnés à la Fondation Clinton par les partenaires clés de Skolkovo n’ont joué aucun rôle dans l’absence de signalisation de dangers de la part du Département d’Etat Clinton au sujet de l’entreprise russe, la perception reste problématique – ni les chargés de Campagne Clinton, ni la Fondation Clinton n’ont répondu aux demandes de commentaires – concernant le fait connu que le Département d’Etat ait recruté et ait facilité l’engagement de milliards de dollars dans la création d’un « Silicon Valley” russe dont les innovations technologiques comprennent des moteurs de missiles de croisière hypersoniques, des équipements de surveillance-radar et des véhicules capables de transporter des troupes aéroportées.

Une réinitialisation russe, en effet.

Par PETER SCHWEIZER, le 31 juillet 2016

Traduction : Rochelle Cohen

Source : The Wall Street Journal

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