Australie: les Aborigènes, déjà agriculteurs il y a 15 000 ans

Avant la colonisation, les Aborigènes étaient des chasseurs-cueilleurs nomades. Mais l’auteur aborigène,Bruce Pascoe, bat en brèche cette idée reçue et montre que les Aborigènes étaient aussi des agriculteurs.

Peinture de Joseph Lycett © NLA nla.pc-an2962715-s20
© NLA nla.pc-an2962715-s20 Peinture de Joseph Lycett
C’est l’un des mythes fondateurs de l’Australie : avant la colonisation, les Aborigènes étaient des chasseurs-cueilleurs nomades. C’est l’histoire qui est présentée un peu partout, dans les classes d’école, mais aussi sur les sites Internet du gouvernement, sur le site de l’Australian Museum, ou encore sur le site de l’université de Tasmanie, etc.
Avant la colonisation, les indigènes se seraient bornés à chasser le kangourou et à manger des baies ou des légumes du bush.

Les Aborigènes étaient aussi des agriculteurs

Mais depuis plusieurs années, ce mythe est mis en doute par plusieurs livres qui évoquent les Aborigènes comme agriculteurs. Le plus récent, celui de Bruce Pascoe, a remporté le prix du livre de l’année 2016 en Nouvelle-Galles du Sud. Publié en 2014, il s’intitule « Black emu » – en français: « émeu noir ». Bruce Pascoe est un écrivain et conteur aborigène du peuple Yuin, dont les terres sont situées dans le coin sud-est de l’Australie, sur la côte sud de la Nouvelle Galles-du-Sud. Il a compulsé les carnets de voyage des explorateurs britanniques en Australie et il a trouvé des passages édifiants.

Les Aborigènes, premiers boulangers du monde

« Ils font du pain depuis 15 000 ans  »  , affirme Bruce Pascoe.
« Le lieutenant Grey est le premier Européen qui ait exploré l’Australie occidentale (en 1837-1838, NDLR). Et il tombe sur des champs d’ignames qui s’étendent à perte de vue, ils sont tellement densément plantés qu’il ne peut pas les traverser à pied  », souligne Bruce Pascoe sur ABC.
« À peu près à la même époque (à partir de 1827, NDLR), à l’autre bout du pays, sur la côte est, Thomas Mitchell traverse à cheval des champs où des céréales étaient montées en bottes, sur une étendue de plus de 14 km. Il était aussi le tout premier Européen à découvrir cette région. 
C’était comme des champs de blé après la moisson, en Europe. Et puis Charles Sturt, qui a exploré le centre rouge de l’Australie, a failli mourir de faim mais a été sauvé par des Aborigènes qui cultivaient des céréales, et lui ont offert du canard rôti et du gâteau. Ces trois exemples montrent que jusqu’à présent soit on ne s’est pas penché sérieusement sur l’histoire des Aborigènes avant la colonisation, soit les historiens qui ont lu les carnets de voyage de ces 3 explorateurs ont décidé d’ignorer ces informations. Et j’ai été si bouleversé de lire les preuves de la sophistication des cultures aborigènes, j’étais fasciné. »

Le mythe du bon sauvage chasseur-cueilleur, pour justifier la colonisation

Présenter les Aborigènes d’avant la colonisation comme des nomades chasseurs-cueilleurs, ce n’est pas innocent.
« Ce mythe a été utilisé à des fins idéologiques  » , estime Bruce Pascoe:
« Les Britanniques avaient déjà perfectionné leur rhétorique coloniale avant d’arriver en Australie. Et l’une des duperies dans lesquelles ils excellaient, était de dénigrer l’intelligence des peuples dont ils prenaient les terres.
Au Canada et aux États-Unis, ils ont tourné en dérision les autochtones, bien qu’ils aient construit des maisons fabuleuses, développé des arts extraordinaires et mis au point une économie agraire. Mais les Britanniques voulaient prouver qu’ils étaient des sauvages.
Il s’est passé la même chose en Australie, c’est pourquoi les colons ont brûlé toutes les maisons aborigènes qu’ils ont découvertes, soit le jour-même, soit quelques semaines plus tard. Les colons voulaient montrer que nous étions des barbares – par rapport à l’idée qu’ils se faisaient de ce qu’est une civilisation, donc ils ont détruit systématiquement toutes les preuves
. »

Combler un vide historique pour obtenir une reconnaissance dans la Constitution ou dans un traité

Pour Bruce Pascoe, revisiter l’histoire pré-coloniale de l’Australie, c’est donner des armes aux jeunes générations pour revendiquer leur place dans le société australienne.
« Les gens ne vont plus gober l’histoire officielle de l’Australie  » , assène-t-il
« Ils veulent en savoir plus. Et je passe mon temps à dire aux jeunes Aborigènes que je croise: ne perdez pas une seconde à traîner dehors, allez à l’école, à la fac, préparez-vous, parce que vous allez devoir prendre les choses en main quand nous serons partis. Ce sera urgent. Ils devront écrire des livres d’histoire, faire des films, recréer les recettes pré-coloniales avec des plantes endémiques locaux, et nous avons aussi besoin qu’ils entrent en politique, pour réviser la Constitution australienne, ou rédiger un traité, quelle que soit l’option choisie.
Les Aborigènes doivent prendre l’initiative. Si nous attendons que les politiques nous disent: « nous allons récrire la Constitution pour vous », cela ne nous conviendra pas. C’est à nous de réviser la Constitution et de leur dire: « vous acceptez cela oui ou non »
. »
Bruce Pascoe a eu du mal à vendre son livre. Deux maisons d’édition l’ont refusé, et c’est finalement un éditeur aborigène, Magabala, qui l’a publié. Il en est à sa 6ème édition, et il est question d’en tirer un film. 
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