Nous ne devrions pas exister — La philosophie de l’antinatalisme (par David Benatar)

Alors sur cet article là j’avais pleins de choses à dire, ou des choses importantes! c’est vrai nous sommes envahit par toutes sortes d’infos sans valeur, de réflexion sans intérêt… ici néanmoins le questionnement en impose! le constat sans concession. Hier soir j’aurais pris un « malin » plaisir à cracher à la gueule de l’animal apprivoisé qui accepte ce constat, mais ce matin je suis plus souriant! alors oui nous ne devrions pas exister « sur cette terre à la merci des disciples de SATAN » mais nous sommes ici en attendant la fin, pas la fin de planète mais la fin de l’espèce humaine qui viendra quoi qu’il en soit…

Enfin, l’image de fin d’article m’horripile au plus haut point « save de planète! » bon! elle ni est pour rien la planète j’ai presque de la sympathie pour elle mais putain je lui pisse dessus, je lui chie dessus et vous aussi soit dis au passage, Fuck la planète, les pandas, WWF, les eugénistes, les disciples de satans et autres suiveurs (plus nombreux) qui souhaitent faire de la terre leurs EDEN car ils savent qu’ils ne l’emporteront pas au PARADIS, ils ont fait de notre terre un cauchemar invivable en se l’accaparant « elle et nous » seuls véritables richesses et bref … je suis en train de partir en couille, faut que je me calme!

-Ouiii s’est cela mustapha calme toi, tu as droit à ta place dans ce « bel & propre » monde futur, pour toi et ta lignée… hein! allez, calme toi administrateur le changement c’est maintenant.

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Le texte qui suit, traduit par nos soins (article original en anglais à cette adresse), nous semble poser des questions et des remarques intéressantes (peu ou jamais discutées). Cela dit, celles-ci semblent plus correspondre à l’être humain industriel civilisé qu’à l’indigène/autochtone incivilisé, vivant de et avec l’écosystème dont il fait partie. En effet, en ce qui concerne les souffrances de la vie dont parle David Benatar, liées par exemple aux maladies dégénératives, entre autres, celles-ci sont le plus souvent des maladies dites de « civilisation » ; à propos de la « destructivité » inhérente à l’homme, qu’il mentionne, ce comportement semble caractériser une fois de plus l’être humain industriel civilisé et pas l’indigène/autochtone incivilisé, dont la culture lui a parfois permis (et lui permet encore dans quelques cas) de vivre en harmonie, pendant des milliers d’années, sur un territoire, sans le détruire.


La philosophie de l’antinatalisme

Par le professeur David Benatar (Université du Cap, Afrique du Sud)

15 juillet 2015

Auparavant, il était rare que mes élèves me demandent si j’avais vu un épisode particulier d’une série télévisée. Cela a changé lorsque True Detective a été diffusée et lorsque les élèves se sont mis à me demander si j’avais vu cette série. Ce qui a soulevé ces questions, ai-je fini par apprendre, c’étaient les remarques antinatalistes du détective Rustin Cohle, ainsi que le fait que Nic Pizzolatto, le scénariste, ait reconnu dans une interview que mon livre antinataliste, Better Never to Have Been (« Mieux vaudrait ne pas exister ») [1], faisait partie des travaux ayant inspiré la vision du monde de Rust Cohle [2].

Cela m’a fortement surpris, ainsi que d’autres, qu’une “telle série télévisée diffuse de façon si flagrante une philosophie sombre … [l’antinatalisme]…  qui suggère que nous devrions cesser de nous reproduire” [3]. Une large audience a alors pris connaissance de cette morose vision du monde.

Le risque, cependant, c’est que l’antinatalisme soit étroitement associé au personnage de Rust Cohle par ceux dont la seule exposition à cette vision du monde se fait par le biais de True Detective. L’antinatalisme risquerait alors d’être confondu ou associé à d’autres sombres caractéristiques du personnage de Rust Cohle, dont le nihilisme, la violence et l’alcoolisme.

L’antinatalisme est le point de vue selon lequel nous devrions cesser de procréer – qu’il est mauvais d’avoir des enfants. Plusieurs routes mènent à cette conclusion. Certaines d’entre elles pourraient être qualifiées de « philanthropiques ». Elles émanent de préoccupations pour les humains qui seront amenés à exister si nous procréons. Selon ces arguments, la vie est pleine de souffrance et nous ne devrions pas en rajouter. Beaucoup de pronatalistes réfutent cette affirmation et prétendent, au moins, que dans la vie le bon l’emporte sur le mauvais. Ils devraient se souvenir de ce qui suit.

Tout d’abord, de nombreuses preuves issues de recherches psychologiques suggèrent que les gens (la plupart) ont tendance à faire preuve d’un optimisme biaisé et sont soumis à d’autres traits psychologiques les poussant à sous-estimer la part de malheur dans leur vie [4]. Nous avons donc une excellente raison de ne pas faire confiance au constat enjoué que la plupart des gens font de leur vie.

Deuxièmement, une étude minutieuse nous montre toute la souffrance que l’on y trouve. Considérez, par exemple, les millions qui vivent dans la pauvreté, et souffrent donc de la violence ou de sa menace. La détresse et le trouble psychologiques sont très répandus. Les taux de dépression sont élevés. Tout le monde souffre de frustrations et de deuils. La vie est souvent ponctuée par des périodes de mauvaise santé. Certaines passeront sans effet durable mais d’autres laisseront des séquelles à vie. Dans les plus pauvres endroits du monde, les maladies infectieuses représentent la majeure partie du fardeau des maladies. Cependant, ceux du monde développé ne sont pas épargnés par ces douloureuses maladies. Ils souffrent de crises cardiaques, de diverses maladies dégénératives et de cancer.

Troisièmement, même si l’on pense que le meilleur des vies humaines est (assez) bon, procréer c’est infliger, à l’être que vous créez, des risques inacceptables de souffrances grotesques, même si cela ne se produit qu’en fin de vie. Par exemple, 40% des hommes et 37% des femmes, en Grande-Bretagne, développeront un cancer durant leur existence. Ce sont des statistiques terribles. Infliger cela à une autre personne en la mettant au monde est irresponsable. Rust Cohle exprime cette idée lorsqu’il dit penser à « l’hubris qu’il faut pour extirper une âme du néant et la plonger là-dedans… la projeter à travers cette broyeuse… » [5] (sa référence aux âmes doit manifestement être considérée comme une métaphore).

Une autre voie menant à l’antinatalisme résulte d’un argument que je qualifie de “misanthrope”. Selon cet argument les humains sont une espèce profondément mauvaise et destructrice, responsable de la souffrance et de la mort de milliards d’animaux humains et non-humains. [6] Si ce niveau de destruction était le fait d’une autre espèce, nous recommanderions rapidement que ses nouveaux membres ne voient pas le jour.

Bien que Rustin Cohle n’emploie pas explicitement la misanthropie pour soutenir son antinatalisme, il l’est certainement. Il observe par exemple, à juste titre, que « les gens qui ne sont pas sujets à la culpabilité passent généralement un bon moment ». [7] Ses inférences misanthropes ne sont pas nécessairement celles qu’un antinataliste soutiendrait. Par exemple, pour justifier sa propre violence (« noble »), il dit que « le monde a besoin d’hommes mauvais. Nous le protégeons des autres hommes mauvais ». [8] Les antinatalistes ne s’accordent pas quant à savoir si ou quand la violence est ou non justifiée. L’antinatalisme n’est pas une théorie morale complète, seulement un point de vue sur la moralité de la procréation. Cependant, il est peu probable que la violence justicière, dans laquelle s’engagent Rustin Cohle et son partenaire Martin Hart, puisse être justifiée si des considérations morales pertinentes étaient utilisées.

L’antinatalisme n’implique pas non plus le recours à l’alcoolisme. Consommé en excès, l’alcool tend à faire empirer et non pas à améliorer la vie – à la fois pour ceux qui le boivent et pour ceux qui sont en contacts avec ceux qui commettent ces abus.

Une tendance commune associe les antinatalistes aux nihilistes. Rust Cohle prétend être un nihiliste. Cependant, en dépit de ses affirmations, comme Nic Pizzolatto lui-même le souligne, Rust n’est pas un nihiliste. [9] Les nihilistes (de la valeur) pensent que rien n’importe, mais Rust, et les antinatalistes en général, pensent que beaucoup de choses importent. La souffrance des gens, par exemple, importe. L’antinatalisme se fonde sur une profonde préoccupation quant à la valeur plutôt qu’à son absence.

Ce ne sont pas que les humains, mais aussi les autres animaux, ou au moins les animaux sensibles, qui se retrouvent lésés lorsqu’amenés à exister. La malédiction élémentaire de la conscience accable tous les êtres vivants. Néanmoins, beaucoup d’antinatalistes se concentrent sur les humains. Les raisons sont multiples. Parmi elles, le fait que les humains (normaux, en bonne santé, adultes) feraient face à la malédiction d’une conscience de soi plus poussée. Pour des raisons similaires, la plupart des humains sont, au moins en principe, capables de se poser des questions sur le fait de procréer.

Il faut cependant souligner que de nombreux humains ne pensent quasiment pas à leurs actions procréatrices. Peut-être est-ce parce que les humains ne diffèrent pas autant qu’ils aiment à le penser des autres animaux non-humains. Nous sommes, à l’instar des autres animaux, les produits de l’évolution, et possédons donc les instincts biologiques que de tels produits seraient amenés à présenter. Rust reconnait cet obstacle lorsqu’il dit :

« Je pense que la chose honorable que devrait faire notre espèce, c’est renier sa programmation, cesser sa reproduction. Marcher main dans la main avec l’extinction lors d’une dernière soirée, à minuit. Des frères et sœurs choisissant de renoncer à la donne qu’on leur a présentée ». [10]

Il est important de souligner que l’antinatalisme, bien qu’encourageant l’extinction humaine, est un point de vue sur des moyens particuliers menant à cette extinction – à savoir la non-procréation. Les antinatalistes n’encouragent ni le suicide ni le « spécicide », comme le prétendent certaines critiques malintentionnées. Rien n’est perdu lorsqu’on ne vient pas au monde. Au contraire, cesser d’exister a un coût. Le suicide, en particulier, est très difficile, c’est pourquoi Rust répond à la question de Marty « alors à quoi sert de se lever chaque matin » en expliquant qu’il « n’a pas ce qu’il faut pour commettre un suicide » [11]. Le meurtre et le spécicide posent encore plus de problèmes moraux, y compris, mais pas seulement, la violation des droits de ceux qui préfèreraient ne pas mourir.

Rust Cohle n’est pas un antinataliste précoce. Il l’est devenu trop tard pour épargner à sa fille de venir au monde. En effet, il a fallu qu’elle meure pour qu’il réalise à quel point il est arrogant d’infliger les risques de l’existence à une progéniture. Il se trompe alors lorsqu’il dit que « en ce qui concerne ma fille, elle m’a épargné le péché d’être père ». [12] Le péché d’être père est le fait de mettre au monde un enfant, pas celui de l’élever. […]

David Benatar


Traduction: Nicolas Casaux


Footnotes & References

[1] David Benatar, Better Never to Have Been: The Harm of Coming into Existence, Oxford: Oxford University Press, 2006.

[2] Michael Calia, “Writer Nic Pizzolatto on Thomas Ligotti and the Weird Secrets of ‘True Detective’, The Wall Street Journal, 2 February 2014, http://blogs.wsj.com/speakeasy/2014/02/02/writer-nic-pizzolatto-on-thomas-ligotti-and-the-weird-secrets-of-true-detective/tab/print/ (Accessed, 26 February 2015).

[3] Michael Calia, “The most shocking thing about HBO’s ‘True Detective’”, The Wall Street Journal, 30 January 2014, http://blogs.wsj.com/speakeasy/2014/01/30/the-most-shocking-thing-about-hbos-true-detective/tab/print/ (Accessed, 23 March 2015)

[4] I survey some of this evidence in Better Never to Have Been, pp. 64-69.

[5] The True Detective, Episode 2.

[6] This argument is presented in Chapter 4 of David Benatar and David Wasserman, Debating Procreation: Is it Wrong to Reproduce?, New York: Oxford University Press, 2015.

[7] The True Detective, Episode 3.

[8] The True Detective, Episode 3.

[9] Michael Calia, “Writer Nic Pizzolatto on Thomas Ligotti and the Weird Secrets of ‘True Detective’”, The Wall Street Journal, 2 February 2014, http://blogs.wsj.com/speakeasy/2014/02/02/writer-nic-pizzolatto-on-thomas-ligotti-and-the-weird-secrets-of-true-detective/tab/print/ (Accessed, 26 February 2015).

[10] The True Detective, Episode 1.

[11] Ibid.

[12] The True Detective, Episode 2.

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