La cité d’Isis, histoire vraie des arabes

Ancien diplomate, Petru Rossi était un spécialiste avisé des questions de la Méditerranée et du Moyen-Orient. Il avait publié « L’Irak des révoltes » aux Éditions du Seuil, « La Lybie » aux Éditions Rencontre, « La Tunisie de Bourguiba » aux Éditions Kahia (Tunis), « De Suez à Askaba » et « Le pétrole arabe dans la guerre » aux Éditions Cujas, « Les Clefs de la guerre » aux Éditions Sindbad ainsi qu’un roman « Un soir à Pise » aux Éditions Flammarion.

Il était notamment l’auteur de « La cité d’Isis, histoire vraie des arabes », texte prémonitoire des évènements que nous connaitrions à partir des années 1980, posait la problématique de l’Islam et l’impérieuse nécessité de connaître l’histoire du monde arabe pour ne pas se laisser aller à emboîter le pas des USA prétendus défenseurs du Bien contre l’Empire du mal.

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« Une vision bornée de l’histoire nous a imposé d’en localiser les sources non loin de chez nous, dans l’aride péninsule hellénique et sur les misérables rives du Tibre. Les Européens réduisent volontiers les origines de leur culture aux cantons athénien et romain. C’est là une appréciation erronée ; elle nous a été inspirée par des partis pris confessionnels et politiques. Il n’est guère douteux en effet que les historiens de l’Église catholique romaine, seuls maîtres durant plus de mille ans des archives de l’antiquité, en ont orienté l’interprétation pour la plus grande gloire de l’Occident européen. C’est pourtant sous la lumière torrentielle de l’Asie, mater gentium, et du ciel nilotique que s’est accomplie toute l’histoire de l’Orient et de l’Occident. L’Égypte et la Babylonie ont rassemblé les puissants effluves dont est née la grande civilisation arabe qui, depuis l’aube des temps, a étendu son savoir vivre à l’ensemble des terres comprises entre l’Indus et le Tage, le Nil bleu et la Baltique. Athènes et Rome n’en furent que des reflets. En rendant à l’Asie et aux espaces arabes leur juste place, en précisant honnêtement leur rôle dans l’élaboration d’une culture qui est la nôtre, nous souhaitons rétablir, par delà les seuils athénien et romain, les liens de parenté qui ont uni l’Europe à un ensemble de dimensions singulièrement plus vastes où se liront mieux les lignes de son avenir. L’Europe n’est ni lecentre du monde ni le miroir du souverain Bien. Fille de l’Orient afro-asiatique elle ne représente dans cet océan d’espace et de temps qu’une région où s’exercent des forces dont la puissance l’entraîne. Tout comme elles entraînaient autrefois les Césars. Mais les préjugés demeurent ; mais un enseignement doctrinaire fausse nos jugements ; mais les images dont nous sommes hantés ont pris la place de l’évidence. Nous croyons que les cours d’histoire que nous suivons dans nos écoles sont identiques à ceux que professent Le Caire, Téhéran, Kaboul ou Calcutta. Ce n’est pas vrai. Sur cette illusion nous n’en avons pas moins établi nos prétentions à régenter les nations non occidentales. Quand nous aurons appris à peser l’exact poids des mondes qui nous entourent, nous découvrirons peut-être, outre la vraie fraternité, tout à la fois nos horizons et nos limites. Prestige du verbe, orgueil de soi, volonté de surélévation : lorsque nous avons prononcé le mot Occident, nous avons tout dit. Comme si l’Occident était autre chose que la pente déclinante de l’Orient…

Quant à l’univers arabe (et il s’agit bien d’un univers) nous en avons ramené les frontières à deux ou trois arpents de désert infécond où flotteraient quelques résidus de mythes. Nous l’avons rabaissé, caricaturé, presque entièrement enterré. Or le voici qui remonte à la réalité de la vie. Il est temps de nous apercevoir que si notre Occident est plaisant, riche, beau, encore ordonné, il le doit aux grands empires arabes qui ont créé les conditions d’un tel bonheur. Nous sommes semblables à ce coquelicot d’Omar Al Khaygam qui puisait sa pourpre au sang d’un empereur enseveli. Paris, mai 1976. »

Avec La cité d’Isis, Petru Rossi abordait aussi les questions liées aux vocables sémite et aryen, l’absence de frontières ethniques ou confessionnelles en Orient, l’importance des civilisations mésopotamienne et araméenne comme l’histoire de ses cinq empires « dont chacun se superposait au précédent sans en modifier les structures sociales ou culturelles ». C’est un aspect fondamental – ignoré de beaucoup – des luttes de libération nationale et des Constitutions corses du XVIIIe siècle autant qu’un point de fracture irréductible entre la Corse et la France !
La cité d’Isis avec « la fraternité mise en évidence des trois religions monothéistes » lui avait valu d’être invité officiellement à Damas.
Plus encore, Petru Rossi était un défenseur-travailleur acharné de l‘histoire de Corse et de ses valeurs. A l’occasion d’une récente correspondance, il m’affirmait qu’elle était « claire, antique, profonde ; (dont) l’économie a conservé sa fraternité première, c’est-à-dire universelle en ses principes et personnalisée en sa pratique ».
Cette Corse à laquelle il était viscéralement attaché, il s’en est expliqué en octobre 1989, dans l’hebdomadaire Kyrn à l’occasion de la publication d’un numéro spécial consacré à un colloque sur les îles. Petru Rossi y livrait un article, sous le titre : « Toujours rebelles », à mon sens majeur de sa pensée et malheureusement oublié.
Mieux qu’une quelconque synthèse qui manquerait de finesse tant est riche, dense et imagé – mais plein et lourd de sens – son propos et son magistral « on nous a enténébrés », je me permets de vous proposer ci-après le contenu intégral de ce texte que j’estime essentiel et qui se doit de passer à la postérité…
Après cette avalanche de vérités historiques, nous pardonnerons volontiers et humblement à Petru Rossi de s’être alors risqué à prédire (en 1976) que le « conflit Orient-Occident prend fin, comme est appelé à prendre fin l’acharnement des conflits dogmatiques d’ordre politique ou économique partageant l’univers en deux. L’esprit de Croisade décline. » Au moment où Petru Rossi rédigeait ces lignes, G. W. Busch n’avait pas encore revêtu officiellement l’uniforme camouflé de l’incarnation du Bien et la cagoule du capitalisme !
Et, curiosité de l’histoire, le jour où j’extrais de mes archives pour le mettre en ligne ce texte en hommage à Petru Rossi rédigé au début de l’année 2003… Barack Obama est proclamé vainqueur de l’élection présidentielle aux U.S.A. !
Le nouveau président infléchira-t-il la politique étrangère calamiteuse de la première puissance mondiale pour donner enfin raison à Petru Rossi ?
Jacques DENIS
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