Le conditionnement quotidien : l’arme absolue contre toute rébellion

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Les conditions pour un nouveau mai 68 sont souvent citées lorsque des manifestations surviennent impliquant la jeunesse. Depuis une vingtaine d’années, au moins. Comme si mai 68 était un absolu qui pouvait se régénérer à travers les âges et pouvait permettre un changement de société salvateur et bienvenu. Sauf que tout a changé ou presque en… un demi siècle. Petite revue de l’impossibilité intrinsèque actuelle de voir un quelconque mouvement de contestation de la société par la jeunesse française soutenue par une partie de la population (un peu plus âgée), survenir.

1968 : le grand dé-conditionnement

1968, c’est un peu la préhistoire en termes de contrôle des populations et des capacités d’influence de masse. Comme celles de la surveillance. C’était il y a 48 ans. Pas d’ordinateurs domestiques, pas de satellites, pas de de distributeur de billets de banque et donc pas de carte à puce, le seul téléphone filiaire, des journaux papiers, et… deux chaînes de TV. En réalité, le fonctionnement de la France en 1968 est plus proche de celui de la fin du XIXème siècle que de l’époque l’actuelle. Les premières tentatives de « conditionnement et influence des esprits » ont bien débuté aux Etats-Unis dans les années 50, mais elles sont embryonnaires, avec un manque crucial : les technologies de masse.

C’est ainsi qu’une jeunesse parfaitement survoltée commence à revendiquer une liberté totale et parfaitement antinomique avec les objectifs des oligarchies capitalistes en place.

Mouvement beatnik de libération des corps et des esprits, concerts de rock déjantés, cafés plein à ras bord de jeunes gens en train de refaire le monde à grands coups de citations de philosophes et d’auteurs contestataires du système de consommation : en 1968, on pense, on met en cause, on échange, on se rencontre, on imagine. « L’imagination au pouvoir », ce slogan n’est pas étranger à l’immense vague d’espoir que soulève la jeunesse de l’époque, fermement décidée à remettre en cause toutes les règles du système politique, économique et social.

50 ans plus tard : des hamsters dans des cages numériques

Le monde bipolaire de 1968 n’est plus. Il n’y a plus deux camps qui s’opposent, celui du capitalisme et celui du communisme. Le premier a remporté la bataille idéologique et fait basculer le monde industrialisé dans une unique politique, économique et sociale. Les fondements de l’idéologie capitaliste sont simples et anciens, à la portée d’un simple d’esprit, puisqu’ils ne comportent que quelques éléments basiques, que l’on peut réunir sous des verbes comme : consommer, dominer, s’emparer, améliorer, optimiser, gagner, conserver. Le principe de l’idéologie dominante, diffusé en boucle sur tous les supports de communication est celui d’une boucle de rétroaction psychique basée sur des pulsions primaires, dont la première est celle de l’achat. Posséder des objets. Emplir le vide intérieur avec des images, des sons, des objets de distraction, des aliments, des sensations offertes par la consommation. L’objectif d’une vie moderne est simple : obtenir de l’argent, pour combler, par l’achat, le vide intrinsèque que chacun porte en soi.

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L’éducation est au centre de la sensation de vide partagée par une grande part des populations industrielles et industrieuses. La plus grande partie des individus a été élevée devant un écran de télévision, puis par des jeux vidéos, et finalement des « espaces numériques de consommation de masse », et au final, les trois ensemble. Tous ces médias sont industriels, conçus par et pour une industrie qui ne vise qu’une chose : la maximisation de ses profits, par la captation du public le plus nombreux possible. Chaque journée passée à remplir son cerveau des heures durant de spectacles de distraction amplifie une capacité bien connue : le conditionnement. Basé sur l’addiction, le conditionnement est la source du système capitaliste moderne. Il fonctionne parfaitement aujourd’hui, avec centaines de millions de hamsters humains tournant quotidiennement dans une cage — numérique — la plupart du temps.

La fin de l’intelligence est enclenchée

Les outils numériques les plus consommés sur la planète ont capté l’attention des individus au point de les empêcher de  comprendre par eux-mêmes la réalité qui les entoure. L’influence exercée par le flux incessant d’informations est centrale et rythme le quotidien d’une majorité de la population qui pense comprendre le monde alors qu’elle ne fait qu’une seule chose : laisser une vision du monde — totalement fabriquée — pénétrer leur esprit au point de changer leurs émotions et les mener à des comportements déterminés. La captologie, utilisée par Facebook via son système de newsfeed est un exemple — connu — parmi d’autres. La Darpa (département de recherche de la défense américaine) y travaille aussi.

Google est soupçonné de pouvoir jouer avec ses résultats pour influencer l’élection présidentielle américaine, s’il le souhaitait :

We present evidence from five experiments in two countries suggesting the power and robustness of the search engine manipulation effect (SEME). Specifically, we show that (i) biased search rankings can shift the voting preferences of undecided voters by 20% or more, (ii) the shift can be much higher in some demographic groups, and (iii) such rankings can be masked so that people show no awareness of the manipulation. Knowing the proportion of undecided voters in a population who have Internet access, along with the proportion of those voters who can be influenced using SEME, allows one to calculate the win margin below which SEME might be able to determine an election outcome.

Les chercheurs démontrent dans leur étude que les résultats d’un moteur de recherche influencent de façon « dramatique » le comportement individus, leur façon de consommer, leur préférences :

Recent research has demonstrated that the rankings of search results provided by search engine companies have a dramatic impact on consumer attitudes, preferences, and behavior (source : The search engine manipulation effect (SEME) and its possible impact on the outcomes of elections)

La fin de l’intelligence humaine est enclenchée. Ce qui est nommé « intelligence » n’est pas la capacité à obtenir de bons résultats à des test de QI ou parvenir à obtenir des diplômes, savoir réaliser des tâches abstraites ou résoudre des problèmes. Non. C’est la fin de l’intelligence humaine en tant que capacité à exprimer de façon individuelle une critique autonome, à discriminer le vrai du faux, à comprendre le réel pour ce qu’il est, à penser au delà des références établies, etc…

Se rebeller ? Oui, mais pourquoi ?

L’émergence d’un nouveau mai 68 n’est pas envisageable en 2016 : la population, massivement, a accepté et se nourrit du système qu’elle peut à certains moments contester… à la marge. L’enseigne MacDonald’s accueille 440 millions de clients par an en France.  (extrait d’un site de propagande commerciale d’information des « tendances jeunes »)

S’il y a bien une marque qui sait comment surprendre les jeunes consommateurs grâce à des opérations offline, c’est clairement McDonald’s ! Hier, la rédaction d’Air of melty vous dévoilait le nouveau panneau publicitaire ultra pertinent (et rafraîchissant) de McDo en période de canicule, comme une preuve de plus que l’affichage offline n’était pas mort, bien au contraire, même auprès des désormais célèbres Digital Natives. Nous vous le disions, que ce soit en ligne ou dans le monde réel, les jeunes consommateurs attendent des marques qu’elles leur proposent des expériences inédites, marquantes et surtout adaptées à leurs attentes. Et c’est exactement ce qu’a mis en place la chaîne de restauration rapide.

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La rébellion devra attendre que des hordes de jeunes sortent de chez MacDonald’s et laissent de côté les « expériences inédites » de la marque. Il leur faudra aussi moins visionner de vidéos sur Youtube pour prendre le temps de se questionner sur la société dans laquelle ils aimeraient vivre, ou encore ce qu’est une démocratie, et si la liberté est principalement une liberté d’achat ou un peu plus…

Des solutions ? Oui, mais avec beaucoup d’efforts…

Une société constituée principalement de zombies assistés par des robots pour la quasi totalité de leurs activités ne peut pas se rebeller. Au contraire. La technologie n’est pas devenue un outil de libération et de créativité, elle est actuellement le cœur du conditionnement individuel. Sachant que l’éducation est centrale pour permettre l’émancipation, et que celle-ci a été vendue à « l’entreprise », il semble difficile d’imaginer un quelconque changement positif émancipateur à venir dans les sociétés modernes. La seule issue semble être la création de lieux alternatifs, d’éducation populaire, où les individus peuvent s’emparer de la technologie pour mieux s’en libérer, où l’humain passe avant la machine. Ces lieux voient le jour, de plus en plus, et même s’ils ne seront jamais suffisants à l’échelle du pays, ils permettent d’organiser des communautés de personnes qui seront — et c’est une certitude — la future résistance face au totalitarisme techno-capitaliste en cours de constitution. La différence entre ceux qui créent ces lieux, y participent et ceux qui « contestent en ligne », se situe dans très peu de choses, pourtant devenues centrales : la liberté réelle, l’effort collectif et l’humain…

Cette vidéo, récente, dévoile quelque chose de parfaitement évident : quand l’être humain abandonne son esprit aux machines, il en devient une, et à termes, rien ne les distinguera…

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