La montée du FN, Hollande et la droite complotiste

Comment expliquer la montée du FN ? La faute à Hollande, selon Les Républicains. La droite aime les raccourcis faciles, on le sait. Cela lui permet de s’exonérer de ses propres responsabilités.

Marine Le Pen, la présidente du Front national, en 2014. (SYLVAIN THOMAS / AFP)Marine Le Pen, la présidente du Front national, en 2014. (SYLVAIN THOMAS / AFP)

Ça y est, on a enfin trouvé le coupable. Le responsable de la montée du Front national s’appelle… François Hollande. Il suffisait d’y penser ! Chaque semaine, avec son gouvernement, le président de la République imagine en effet des stratagèmes machiavéliques pour faire grimper l’électorat lepéniste.

Un jour, il demande aux forces de l’ordre de laisser les gens du voyage se faire justice eux-mêmes et passe des consignes pour que des « mafias » et des « trafics » prolifèrent dans la « jungle » de Calais. Une autre fois, il monte des « cellules spéciales » pour faire gagner le parti frontiste dans les régions les plus susceptibles de basculer. Demain, qui sait, on l’accusera peut-être d’avoir provoqué en personne l’afflux massif de réfugiés ?

Ces délires ne sont pas l’œuvre de conspirationnistes. Ils sont signés d’élus ou de candidats de la droite dite républicaine : Bruno Le Maire, Christian Estrosi ou encore Valérie Pécresse, pour ne pas les nommer. A un mois des élections régionales, ce vieux refrain leur tient lieu d’argumentaire de campagne. Et comme souvent avec les théories du complot, leur thèse s’appuie sur quelques éléments difficilement contestables pour mieux emmêler le faux et le vrai.

Après tout, disent-ils, la gauche a déjà démontré qu’elle pouvait jouer avec le feu par le passé. François Mitterrand, en introduisant la proportionnelle intégrale aux législatives de 1986, n’avait-il pas permis au Front national de gagner ses lettres de noblesse en entrant à l’Assemblée ? Et puis, expliquent encore les fins limiers de l’UMP, François Hollande n’installe-t-il pas dans ses discours Marine Le Pen comme son adversaire principale ?

La faillite de la classe politique

On peut prêter au chef de l’Etat beaucoup d’arrière-pensées, mais il n’est pas stupide. Or quelque chose a changé avec l’avènement du tripartisme : c’est que la montée du FN fait autant de victimes à gauche qu’à droite. Il n’est qu’à voir le nombre de scrutins récents où les socialistes n’ont pas su se qualifier au second tour pour s’en persuader.

Faut-il rappeler par ailleurs aux complotistes de l’ex-UMP qu’en 2002 le PS avait vu son candidat purement et simplement éliminé du second tour de l’élection présidentielle  ? Et qu’à l’époque le sursaut citoyen et républicain de la gauche tout entière (ou presque) avait permis d’endiguer la progression frontiste en maintenant Jacques Chirac à l’Elysée ?

La droite aime les raccourcis faciles, on le sait. Cela lui permet de s’exonérer de ses propres responsabilités. Elle feint d’oublier qu’il y a trois ans le FN de Marine Le Pen enregistrait le meilleur score de son histoire à la présidentielle après cinq années de sarkozysme.

Un quinquennat où le braconnage sur les terres de l’extrême droite avait été théorisé par une cellule de conseillers à l’Elysée, bien réelle celle-là… C’est la faillite de la classe politique dans son ensemble qui fait monter le Front national. Ceux qui tentent de l’instrumentaliser comme ceux qui légitiment son discours de rejet.


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